Le petit jeu de Sébastien Pietrasanta autour du rapport de la Chambre régionale des comptes

Sébastien Pietrasanta, le candidat socialiste à la mairie d’Asnières, organise une pétition demandant que le rapport de la Chambre régionale des comptes consacré à sa ville soit publié avant les élections municipales.

L’article L241-11 du code des juridictions financières prévoit un délai d’un mois pour permettre au maire de répondre au rapport définitif de la Chambre. Ce n’est qu’à l’issue de ce délai que la Chambre renvoie le rapport avec la réponse jointe du maire pour transmission à l’assemblée municipale. Sébastien Pietrasanta indique que “la Chambre Régionale des Comptes a semble-t-il rendu son rapport définitif”. On ne sait donc pas s’il s’agit de la remise du rapport définitif au maire, ou de la remise du rapport définitif à communiquer au conseil, qui intervient au moins un mois après. Admirons l’organisateur d’une pétition pour la tenue d’un conseil municipal qui semble méconnaître l’étape de la réponse du maire et le retour de la Chambre, préalable à toute transmission au conseil qu’il demande. [M. Pietrasanta est formel dans sa réponse : "En ce qui concerne, le rapport 2007, nous sommes bien à la dernière phase de présentation en conseil municipal..."]

J’ai moi-même évoqué le problème de fond dans ce commentaire : “le dernier rapport de la cour régionale des comptes remonte à 2001. il y a clairement un problème à régler de ce côté-là. il n’est pas normal que les prochaines municipales aient lieu sans que sa gestion ait été auditée. c’est aussi nocif pour lui que pour ses opposants, d’ailleurs.”

Il se trouve que c’est un pur hasard de circonstances si ce rapport est produit juste avant l’élection. Les municipales devaient initialement se tenir en 2007. Le précédent rapport avait été publié après les élections. Le problème de fond demeure. Il n’y a pas de mécanisme qui garantisse un audit du mandat en cours. C’est assez compréhensible d’ailleurs : si on le fixait pour toutes les villes en fin de mandat, les chambres régionales seraient surchargées durant cette période. À part synchroniser les élections dans chaque ville sur le dernier audit, une idée bien peu française, je ne vois pas de solution évidente à ce problème.

M. Pietrasanta est en vérité co-responsable du problème qu’il prétend résoudre. Si l’on se réfère à sa façon habituelle de procéder, il caricaturera le rapport, négligera de le comparer au précédent et à ceux d’autres villes etc. Bref il le politisera. Or si un moratoire de 3 mois existe, c’est justement pour éviter que ces rapports ne soient politisés juste avant les élections. M. Pietrasanta demande à son adversaire, à la veille de l’élection qui doit les départager, de bien vouloir lui donner les moyens… de politiser ce rapport. Il est dès lors peu probable que son adversaire donne suite à cette requête, qu’il le puisse ou pas.

Bien entendu cela permet, quoi qu’il arrive, de politiser la question. Si le rapport est publié, M. Pietrasanta pourra continuer de biaiser. Après “la chasse au gaspi” dérisoire en regard des problèmes qu’elle est censée résoudre, après les cadeaux du père Noël (le conseil régional), il pourra s’abriter derrière les habituels gaspillages et erreurs de gestion relevés par les magistrats pour ne pas exposer les grandes lignes de la politique qu’il compte mener. Priorité au désendettement ou à l’investissement, à impôt constant ou pas ? Autant de questions restées sans réponse car elles l’obligent soit à admettre qu’il ne pourra pas investir et réduire la dette, soit qu’il augmentera fortement les impôts. Si le rapport n’est pas publié, il pourra naturellement s’abriter sous l’absence d’audit pour justifier de son incapacité à trancher ces questions tant qu’il n’est pas maire.

Pourtant, quel que soit son contenu, il n’est pas nécessaire de disposer de ce rapport pour trancher. En se fondant sur les chiffres connus et les comparaisons avec les villes de même taille (pour le détail, voir mon commentaire sous cette note) on sait déjà qu’il faudra au moins geler et vraisemblablement réduire les investissements si l’on souhaite s’attaquer sérieusement à l’endettement à impôt constant. Si l’on ne souhaite pas toucher aux investissements, voire les développer, il faudra arbitrer entre l’endettement, qui est une forme d’impôt différé, et l’augmentation des impôts. Si le rapport est mauvais, ça signifie que le problème de la dette est encore plus pressant. Le recours à l’impôt ou au gel des dépenses sera d’autant plus nécessaire. Ça ne change strictement rien quant aux grands axes de la politique financière à suivre, sur lesquels il se garde bien d’éclairer les électeurs.

M. Pietrasanta, qui explique à raison que les élus doivent montrer l’exemple, aurait toute légitimité à organiser des pétitions en invoquant les mânes de la transparence s’il balayait devant sa porte. Où est le discours de vérité et de responsabilité indiquant clairement la politique financière qu’il compte suivre ? Pour l’heure nous en sommes toujours à ses contes à dormir debout. Le problème de la dette sera résolu en éliminant les gaspillages. Les investissements seront financés par l’imagination et des lettres au père Noël, la région Ile-de-France. S’il s’avère qu’on en est au stade de la réponse du maire à la Chambre régionale des comptes, c’est-à-dire que le rapport ne peut tout simplement pas être communiqué au conseil municipal, M. Pietrasanta aura réussi un sacré début de campagne. [M. Pietrasanta est formel dans sa réponse : "En ce qui concerne, le rapport 2007, nous sommes bien à la dernière phase de présentation en conseil municipal..."]

Tant que j’y suis, petit coucou au site de jeux de mots scatologiques asniérois qui m’honore régulièrement de sobriquets tous plus créatifs les uns que les autres, sans jamais oser le meilleur (“zebitecast”). Mais pourquoi diable sortir de votre domaine d’expertise reconnu en tentant de vous faire passer pour bien informé ? L’échec aux municipales ne sera pas sanctionné d’un départ du gouvernement. Toutes vos élucubrations sur le sujet s’écroulent comme un château de cartes. La Chambre régionale des comptes d’Ile-de-France publie elle-même sur son site ses rapports. Craindre que la municipalité ne sorte typex et ciseaux pour accommoder le rapport qui la concerne est la marque de la grande panique qui vous saisit dès que vous quittez votre champ d’érudition.

MAJ 19/11 : Dans sa réponse à mon commentaire ici M. Pietrasanta indique : “En ce qui concerne, le rapport 2007, nous sommes bien à la dernière phase de présentation en conseil municipal…” Il ne manque plus que sa réponse sur la politique financière qu’il compte suivre et il méritera le qualificatif d’opposant constructif :-D

MAJ 19/11 (2) : La réponse du berger à la bergère et sa contre-réponse : M. Pietrasanta porte plainte en diffamation contre un tract distribué par un maire-adjoint.

Sur le même sujet :

La démission de Serge Danlos du groupe PS d’Asnières

La mairie d’Asnières m’avait transmis le 17 juillet l’intégralité de l’étonnante intervention de Serge Danlos lors du dernier Conseil municipal, le communiqué de Charles Caillet sur le sujet ayant comme de coutume été accueilli avec suspicion.

Je comptais initialement l’intégrer dans une note dont la brève publication a révélé l’inutilité. Cette analyse se suffit donc à elle-même1 :

A Asnières, comme Ségolène Royal le soir du second tour, on crie “victoire” alors que, aujourd’hui, même Jean Glavany parle de “lourde défaite”. Echec logique, implacable, pas de projet, pas de méthode, pas de programme crédible, un vide abyssal meublé par le seul “tout sauf Sarko, tout sauf Aeschlimann”. Attristant, car ce système, s’il permet de limiter la casse, ne permet en aucun cas de gagner. Nous nous contentons, désormais, nationalement comme localement, de faire de la figuration. De plus, un recul certain est prévisible puisque les prochains scrutins, élections municipales puis européennes, permettront aux différents partis, et je pense au Modem en particulier, d’avoir des élus puisque le vote s’éparpillera à nouveau.

(…) Nous attendons toujours une victoire électorale qui serait le reflet d’une adhésion à notre projet et non le simple rejet de l’exécutif en place2.

(…) Cette incapacité à nous renouveler, je la constate encore plus dans le fonctionnement de notre section locale asniéroise, aujourd’hui totalement dominée par une troïka trostko-marxo dont le sectarisme est le seul moteur.

(…) Au PS asniérois, on n’entend rien, n’écoute rien. On verrouille avec sectarisme. Consternant mais finalement logique vu le parcours de la troïka.

(…) C’est ainsi que, aujourd’hui, avec ma démission tout le courant social-démocrate qui a soutenu DSK dans notre débat interne, se trouvera absent de la vie de notre section.

(…) Vous l’avez compris, je suis en désaccord profond avec les socialistes à tous les niveaux : national, fédéral, local. C’est dans ces conditions que j’ai donné ma démission du groupe socialiste, j’avais d’ailleurs été élu PRG, la semaine dernière, seulement après le deuxième tour des législatives. Et là, incroyable mais vrai, je deviens (…) un traître dans la droite ligne nationale des Eric Besson et Jean-Marie Bockel, le tout accompagné selon le vieux principe marxiste de la pétition téléguidée d’un coupon-réponse demandant ma tête. (…) Tout cela est d’autant plus scandaleux, honteux, que j’avais pris soin de préciser dans mon mail de démission que ma démarche s’inscrivait exactement à l’opposé de celle d’Eric Besson. Je suis contre marquer volontairement un but contre son camp en plein match. De plus, je ne me suis inscrit ni rallié à aucun groupe politique. Mais traître quand même.

(…) il m’a semblé indispensable de vous informer de la triste réalité socialiste asniéroise. Européen je suis, européen je reste. Social-démocrate je suis, social-démocrate je reste.

Le PS a depuis lors publié la vidéo intégrale du conseil municipal ce qui a permis d’obtenir sa réponse à ces propos.

japarthur la résumait comme suit :

La réponse du PS semble démontrer qu’il s’agit d’une démarche personnelle et que S. Danlos a quitté successivement trois partis auxquels il a appartenu ; le différent semble provenir des réactions du PS à des propos de S. Danlos suite à l’élection de N. Sarkozy, dont il est un ami de jeunesse.

Quelques remarques :

  • Serge Danlos a consacré une partie de son intervention à lire un texte “de plusieurs camarades démissionnaires plus ou moins anciens, de plus de différentes sensibilités, afin de vous prouver que ma décision dépasse, et de loin, ma petite personne”.
  • Il précise de lui-même avoir été élu sur la liste municipale en temps que PRG, un parti associé au PS. On ne sait pas dans quelles conditions et sur la base de quels accords il a choisi de rejoindre le PS. Les différences entre PS et PRG sont du même ordre qu’entre les divers courants du PS : très importantes pour les acteurs, bien peu pour le gros des électeurs. Quant au troisième parti, il s’agit de l’un des avatars du gaullisme, dans sa jeunesse. Il n’est même pas dit que ce soit le signe d’une grande évolution idéologique : le gaullisme avait une composante sociale importante, à tel point que Jacques Delors était un proche collaborateur de Jacques Chaban-Delmas à l’époque où il était Premier ministre.
  • Pour ce qui concerne son amitié avec Nicolas Sarkozy, voici sa réponse sur le sujet : “Messieurs, vous êtes grotesques. Parler de notre passion pour Johnny Halliday, de notre amour du sport (le tour de France, le football, les Jeux olympiques), de l’évolution de sa personnalité, de la profonde affection que j’éprouve pour toute sa famille, ne peut constituer un crime politique que si l’on est profondément sectaire. Je vous propose, messieurs les sectaires, de méditer cette magnifique définition de l’amitié donnée par Montaigne : parce que c’est lui, parce que c’est moi.

Réponse de japarthur :

S. Danlos (…) affirme : « C’est ainsi que, aujourd’hui, avec ma démission tout le courant social-démocrate qui a soutenu DSK dans notre débat interne, se trouvera absent de la vie de notre section. » Etait-il le seul sympathisant de DSK à Asnières ? Il cherche à démontrer que sa « décision dépasse, et de loin, [sa] petite personne », mais je n’en suis toujours pas convaincu.

Comme je rejoins Danlos sur bien des points, nous dirons donc que c’est une démarche bi-personnelle.

MAJ 9/9

julien, qui se présente comme membre de la section PS d’Asnieres et ami de S.Danlos”, nous indique dans ce commentaire que Serge Danlos “démissionne car il n’est pas parvenu à réunir suffisamment de soutiens autour de lui pour se présenter comme tête de liste à la future élection municipale”. “Serge ne cachait pas que ce qui lui importait, c’était de conduire la liste et d’être élu maire. Or il n’a pas convaincu les membres du PS local de ses capacités”.

Quand on voit les “compétences” en matière de gestion du candidat finalement retenu, ça laisse assez rêveur sur les capacités du PS d’Asnières en matière de sélection. Je précise aussi à tous les futurs candidats au commentaire ici qu’ils peuvent rester anonymes s’ils parlent du fond avec des arguments. En revanche, les mises en cause personnelles sans les assumer, je les attribue automatiquement au camp à qui elles profitent. Donc quand on s’appelle julien tout court et qu’on se dit ami de S.Danlos, moi je lis automatiquement “ami de S.Pietrasanta” qui en a un peu assez de tous ces commentaires qui parlent de Serge Danlos dans les blogs. Et je réponds sur la poutre que l’excellentissime candidat du PS a dans l’oeil :-)

Pour revenir au fond, la meilleure façon de gagner, à mon avis, c’est d’assumer ce que l’on est : les forces et les faiblesses. Sur les finances, le candidat du PS est faible. Il vaut mieux le dire maintenant et le compenser dans son équipe en réservant une place de choix à un profil gestionnaire plutôt que de tout prendre pour de basses attaques. Il faut aussi faire des choix clairs : priorité à l’investissement ou au désendettement ? C’est sûr qu’il est beaucoup plus facile de critiquer l’équipe sortante que de se mettre d’accord sur ces choix.

* * *

Concernant asnierois.org, l’essentiel avait été dit en 2004, dans ce fil de discussion chez Loïc, lorsqu’il avait relayé l’annonce d’une plainte de Manuel Aeschlimann.

Voici le commentaire final de Lightman, qui n’est autre que le fondateur du site jeuxvideo.com, et qui a, je pense, quelques compétences en matière de comm sur le net :

Oulala, ça frite ici !! :-)
Je ne connaissais pas le site asnierois.org, je viens juste d’y faire un tour. Après ça, deux remarques :
-> C’est un site anti-mairie plus qu’un site d’information digne de ce nom. Sur ce site se pratique une opposition systématique des plus stériles… Mais, bon c’est leur droit si ça reste dans la limite de la critique.
-> C’est pas très malin de la part du maire d’Asnières d’attaquer un site amateur… Donc, soit il est effectivement un peu borné et pas très ouvert, soit il y a été contraint n’ayant pas d’autre moyen de faire cesser ce qui lui apparaît comme des propos injurieux et diffamatoires…
Dans tous les cas, je pense pas que le site risque grand chose… Mais franchement les gars, soyez un peu plus constructifs sur votre site, parce que ce cassage systématique façon “révolté de naissance” est un peu puant, et parfois même limite café du commerce.

Commentaire de japarthur, digne d’un conseil municipal asnierois :

Pour finir, tu fais appel à la référence ultime : Lightman. Le lien fourni ne conduisant pas à la citation, j’ai un peu cherché et trouvé qu’il (1) a cessé tout lien avec jeuxvideo.com il y a 10 ans, (2) se consacre aujourd’hui à la gastronomie régionale (Testadaz.com) et à la culture masculine post-adolescente (MisterActu.com, dernier sondage : « Préférez-vous sortir avec des filles avec des poitrines siliconées ? »). Comme référence ultime, tu aurais pu trouver mieux !

Si on cherche à en savoir plus sur lightman, c’est ici, on demande le patron, il y a même son email sur la page contact. Quant à l’expression “commentaire final”, si on clique sur le premier lien on constate que son commentaire est le dernier de la discussion. Enfin, même s’il était la caricature qui en est faite, je ne vois pas en quoi son avis ne mériterait pas l’intérêt, surtout après les quelques déconvenues électorales récentes.

MAJ 22/9/2008

Serge Danlos rétracte ses propos lors du conseil suivant ici et ici.

Référence : L’État de droit et les blogueurs face la manipulation

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  1. Intervention de Serge Danlos au Conseil municipal du 28-06, document transmis par la mairie le 17 juillet. []
  2. Selon cette étude, 50% des électeurs de Ségolène Royal au second tour motivaient leur décision par refus de l’autre candidat contre 45% par adhésion à la candidate. Pour Sarkozy, le rapport était de 32% refus de l’autre candidat / 63% adhésion au candidat. Voir aussi cette étude. []

La bulle politique asniéroise : Asnierois.org & Co. (Fin)

La bulle politique asniéroise : Asnierois.org & Co. (I)

Corruption

Ce petit tour des turpitudes supposées serait très incomplet sans évoquer ce qui est suggéré à longueur d’articles mais très rarement de façon ouverte : la corruption. On devine à nouveau la justification : se serait s’exposer à une plainte du député procédurier. On laisse donc le soin au lecteur de prolonger de lui-même : on labellise des candidats “anti-corruption”, on fait leur promotion, on organise des actions en ce sens, on s’adonne à des raccourcis foireux… Chacun comprendra.

Suite à la plainte de l’ADECA, l’association qui a créé asnierois.org, le député est mis en examen dans une affaire de favoritisme. Dans sa lettre adressée au juge il en fait lui-même la demande. Selon les magistrats interrogés par Le Parisien, elle était de toute façon “dans l’air”. Sans rentrer dans les détails, la mise en examen permet dans certains cas de mieux se défendre que la procédure du témoin assisté, même si ce n’est pas la raison invoquée.

Quelques points intéressants de ce courrier :

  • “L’instruction a démontré qu’à supposer l’existence d’une irrégularité, il n’y avait ni enrichissement personnel, ni financement occulte de quoi que ce soit.”
  • “Devant moi, vous avez alors reconnu que les arguments des avocats défendeurs étaient plausibles et que les témoins à charge s’étaient manifestement trompés.”
  • “Je vois que l’instruction s’appuie sur de nombreux actes de procédure pourtant absolument falsifiés. Des faux numéros d’instruction parquet, des documents anti-datés, des faux procès-verbaux… Tout y passe. Le parquet est au courant. Vous êtes au courant. Et les auditions se poursuivent comme si de rien n’était.”

Naturellement, comme il s’agit d’un politique, on ne peut accorder aucun crédit à ce qui précède. Raisonnement absurde : sauf cas pathologique on ne ment pas par plaisir mais par intérêt. C’est vain sur des faits aisément vérifiables, sauf à vouloir se faire assassiner lors du renvoi devant le Tribunal. Il y a dès lors de bonnes probabilités pour que ce qui précède soit exact, ce qui voudrait dire qu’il n’y aurait pas de corruption et que les charges s’appuieraient sur des personnes qui n’ont pas de preuve mais des certitudes, certitudes qui n’ont pas résisté à l’examen.

Or c’est là la seule affaire concernant des faits éventuels de corruption. Il n’était d’ailleurs pas maire à l’époque. Il y est mêlé car des témoins affirment que chacun sait qu’il s’occupait de tout1. Tout le reste des affaires locales ne concerne que de la diffamation et des refus de droit de réponse mêlant entre autres des tracts anonymes, sport historique à Asnières dont il n’est pas l’inventeur. Ce qu’on peut sans doute lui attribuer, c’est le soufflé judiciaire qui accompagne désormais cette spécialité locale.

Ces quelques éléments justifieraient au moins que l’on attende la décision des magistrats. Mais non, on amalgame des faits qui n’ont rien à voir, d’autres politiques des Hauts-de-Seine qui ont pour leur part été condamnés, on mélange le tout et l’on touille et ça fournit des antécédents qui servent de point d’appui à de nouvelles supputations.

Ce qui est très étrange, c’est que la chronique des faits judiciaires touchant nos représentants s’attarde sur quelques uns, mais nettement moins sur d’autres. Pendant que le député-maire d’Asnières se mettait en examen, le président du conseil régional d’Ile-de-France, le socialiste Jean-Paul Huchon, se faisait condamner par la même chambre que son prédécesseur de droite. Partie civile pour des faits de corruption à l’époque où il était dans l’opposition, voici qu’il se retrouvait accusé et condamné pour prise illégale d’intérêt une fois au pouvoir.

Pour se justifier, il expliquait, s’agissant de sa femme, que : “Nos conversations ne sont jamais professionnelles. J’ai une conception moderne du rôle de la femme. Elle a sa vie, et j’ai la mienne.” L’accusation relevait pour sa part que pendant deux ans elle “n’a exercé d’activités professionnelles qu’au sein des sociétés attributaires des marchés publics de la région et pour la durée de l’exécution de ces contrats. Et depuis sa réélection à la tête de la région Ile-de-France, en 2004, Jean-Paul Huchon emploie sa femme en qualité de collaboratrice à son cabinet”. Les juges l’ont pour l’instant condamné à six mois de prison avec sursis, 60.000 euros d’amende et un an d’inéligibilité. L’appel est en cours, il est toujours en poste, Sébastien Pietrasanta s’est même prévalu de son soutien juste avant les élections. Que font les médias sarkozystes, pourquoi ne dénoncent-ils pas à longueur de reportages ces faits intolérables ?! La maladie des Hauts-de-Seine s’étend à toute l’Ile-de-France et on ne nous dit rien !

Rah mais ça n’a rien à voir. Huchon on le connaît, il fait du super boulot. Bon il a peut-être commis quelques maladresses, mais on lui fait un mauvais procès, certainement un coup de la droite qui n’a pas digéré la perte de la région… Rien à voir, vraiment ? Pas plus, sans doute, que les aventures judiciaires de DSK, qui avait dû abandonner son poste de ministre de l’Economie lors de sa mise en examen et qui une fois au tribunal avait vu l’accusation se ridiculiser et abandonner toutes les charges. Rien de grave, l’instabilité ministérielle à ce poste n’est pas un problème : 10 ministres en dix ans, contre un ou deux chez nos voisins…

Cette façon d’utiliser des affaires judiciaires dans les combats politiques existe depuis la Grèce antique. Plus proche de nous on lira avec intérêt ces quelques pages du journal de Raymond Poincaré. Président de la République pendant la première guerre mondiale, il préfère Clemenceau, partisan de la poursuite de la guerre, à Caillaux, partisan d’une paix de compromis. Une fois en poste, Clemenceau n’a de cesse de tenter de montrer que son rival se compromet avec l’ennemi. Caillaux n’est pas en reste et tente de faire couler Poincaré et Clemenceau. La France est en pleine guerre, mais le gros des conversations entre les présidents de la République et du Conseil porte sur Caillaux. Poincaré ne manque pas de noter les exagérations de Clemenceau. Caillaux finira en prison, condamné pour “aide involontaire” de l’ennemi, puis redeviendra ensuite député. On peut certes se scandaliser de ces basses manoeuvres. Ou voir aussi, en même temps, de la grande politique : des désaccords profonds sur des choix critiques. Clemenceau, outre ses responsabilités dans la victoire, est aussi l’auteur du titre du célèbre article de Zola : “J’accuse…!”.

Encore plus près de nous, dans l’une des affaires Clearstream — celle qui cache la foret des frégates — on sait que c’est un proche de Dominique de Villepin qui a remis “anonymement” au juge Van Ruymbeke un listing qui s’est révélé par la suite être un faux. Ce listing impliquait Nicolas Sarkozy, qui a donc frisé la mise en examen. Or, comme l’illustre l’exemple de DSK déjà cité, il est de tradition que les ministres démissionnent dès leur mise en examen. Comme par hasard Nicolas Sarkozy vient de rompre avec cette pratique puisqu’André Santini, mis en examen, figure au gouvernement.

Malgré les développements récents, il est encore loin d’être établi que Dominique de Villepin et Jacques Chirac soient à l’origine de la manoeuvre. Villepin a semble-t-il alerté la presse, mais aussi permis aux vérifications d’aller à leur terme. Pour l’heure, l’hypothèse la plus plausible est que Van Ruymbeke et Villepin se sont dans un premier temps fait enfumer. Naturellement les sarkophobes — espèce provisoirement rare — y verront une machination contre Villepin. La justice tranchera, à moins que tout ceci ne s’échoue en Cour de Justice de la République.

C’est peut-être contre-intuitif au départ, mais la fin des mises en examen couperet constitue un progrès dans l’intérêt de tous. L’incitation à encombrer la justice dans le but de discréditer un adversaire est réduite. Et sa lenteur est ici un avantage : le temps judiciaire étant plus long que le temps politique, c’est bien la gravité des faits qui motive celui qui l’alerte, pas la prochaine échéance électorale. Le respect de la présomption d’innocence du député-maire d’Asnières garantit non seulement ses droits fondamentaux, il garde aussi du risque d’instrumentalisation et de manipulation.

Prochaine note : Déni de réalite (Retirée)

Les notes de cette série :

  1. Introduction
  2. Opacité à Asnières
  3. Un heptatraître
  4. Un député activement paresseux
  5. Un vrai politique
  6. Corruption
  7. Déni de réalite (Retirée)

MAJ 20/8

MAJ 4/8/8

Référence : L’État de droit et les blogueurs face la manipulation

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  1. On remarque que quand il s’agit de le faire renvoyer par les électeurs, il ne fait rien []

La plainte contre France 3 jugée irrecevable

Concernant la plainte en diffamation à l’encontre de MM. de Carolis et Gouville (France 3), Bruno de Beauregard indique que les juges estiment :

[...] que le liquidateur de Mayetic était [...] irrecevable à agir en diffamation, s’agissant d’une action « personnelle » et non « patrimoniale »

Il précise également avoir fait appel de la décision concernant le journal Le Monde.

Commentaires :

Référence : L’État de droit et les blogueurs face la manipulation

La bulle politique asniéroise : Asnierois.org & Co. (V)

La bulle politique asniéroise : Asnierois.org & Co. (I)

Un vrai politique

On a vu que le procès en inefficacité du député d’Asnières était vicié. Evoquons trois problèmes importants qui concernent la France et pas spécifiquement Asnières :

  • En 2002, le candidat de l’extrême droite est au 2e tour de l’élection présidentielle.
  • En 2005, les Français rejettent le traité constitutionnel qui leur est soumis par referendum.
  • En 2005, trois semaines de violences urbaines se déroulent dans les banlieues. Les analyses divergent sur leurs causes mais l’une d’entre elles est que leurs habitants se sentent rejetés par le reste de la société française.

Manuel Aeschlimann a-t-il tenté d’agir sur ces sujets ? Oui, dans les trois cas :

  • Sur la réduction du Front national, en 2005, dans l’International Herald Tribune, il indiquait :
    • “The idea is to try to win voters who are not naturally inclined to vote for Nicolas Sarkozy, but who will do so if he addresses their demands,” said Manuel Aeschlimann, who gauges public opinion for the Union for a Popular Movement, France’s leading center-right party, which is headed by Sarkozy.
      In an interview Thursday, Aeschlimann said that the vast majority of the National Front’s electorate supported the party “with very personal and local concerns in mind.”
      He added: “We think 50 percent of them could be persuaded to vote for Nicolas Sarkozy if we make law and order a priority.”
    • L’idée est de tenter de gagner des électeurs qui ne se portent pas naturellement sur Nicolas Sarkozy, mais qui le feront s’il répond à leurs attentes. Une vaste majorité d’électeurs du Front national soutient ce parti pour des raisons très personnelles et locales. Nous pensons que la moitié d’entre eux peuvent être persuadés de voter pour Nicolas Sarkozy si nous faisons de la loi et de l’ordre une priorité.
    • Ces propos ont naturellement suscité la polémique. Il n’en demeure pas moins qu’ils sont complètement assumés et qu’ils ont été appliqués à la lettre et avec succès deux ans plus tard. On peut certes considérer que ça revient à faire du Le Pen sans Le Pen, mais on ne peut contester une certaine justesse d’analyse qui a conduit au résultat escompté. Le Pen, qui fait de la politique depuis plus d’un demi-siècle, n’a semble-t-il compris que quelques semaines avant l’élection qu’on ne préférerait pas comme d’habitude l’original à la copie. Pur coup de bol, obtenu certainement en se tournant les pouces.
    • Dans les pays où il est possible d’évoquer ce sujet sans se retrouver couvert d’un torrent de boue, on appelle ça le progressive dilemma :
      • It was the Conservative politician David Willetts who drew my attention to the “progressive dilemma”. Speaking at a roundtable on welfare reform, he said: “The basis on which you can extract large sums of money in tax and pay it out in benefits is that most people think the recipients are people like themselves, facing difficulties that they themselves could face. If values become more diverse, if lifestyles become more differentiated, then it becomes more difficult to sustain the legitimacy of a universal risk-pooling welfare state. People ask: ‘Why should I pay for them when they are doing things that I wouldn’t do?’ This is America versus Sweden. You can have a Swedish welfare state provided that you are a homogeneous society with intensely shared values. In the United States you have a very diverse, individualistic society where people feel fewer obligations to fellow citizens. Progressives want diversity, but they thereby undermine part of the moral consensus on which a large welfare state rests.”
      • C’est l’homme politique conservateur David Willets qui a attiré mon attention sur le dilemme progressiste. Lors d’un colloque sur la réforme de l’Etat providence, il indiquait : “Le principe qui permet de redistribuer de vastes sommes ne fonctionne que parce que la plupart des gens pensent que les destinataires de l’aide sont des gens comme eux, face à des difficultés qu’ils pourraient eux-mêmes rencontrer. Si les valeurs deviennent plus diverses, si les modes de vie deviennent trop différenciés, alors il devient plus difficile de donner une légitimité à la fonction d’assurance-risque de l’Etat providence. Les gens demandent : “Pourquoi devrais-je payer pour eux alors qu’ils font des choses que je ne ferais pas ?” C’est les Etats-Unis contre la Suède. Vous pouvez avoir un Etat-providence pourvu que votre société soit homogène avec des valeurs partagées intensément. Aux Etats-Unis vous avez une société très diverse, individualiste (…). Les progressistes veulent de la diversité, mais ils fragilisent de la sorte une partie du consensus moral sur lequel repose l’Etat providence.
      • La gauche française a ceci de paradoxal qu’elle a tranché ce dilemme, mais qu’elle n’arrive pas à l’assumer : Nicolas Sarkozy a plus régularisé d’étrangers que ses prédécesseurs socialistes.
      • On notera que dans cette optique l’accent mis sur les valeurs et l’identité est cohérent avec la défense du modèle de protection sociale français. Chacun voit bien les risques de dérives. C’est justement le rôle de l’opposition de les montrer ou de les empêcher. Mais ça ne peut être efficace que si l’on respecte l’adversaire qui représente des électeurs qu’il faut convaincre. A moins que l’objectif soit de rester éternellement minoritaire pour pouvoir continuer à se plaindre sans jamais agir.
  • Sur le traité constitutionnel, il s’en prend à Jean-Pierre “Win the yes” Raffarin en lui demandant par média interposés de se mettre en retrait de la campagne. Il jugeait apparemment qu’il la plombait. C’est une analyse assez difficile à contester, mais j’ai trouvé moyen de le faire : il aurait dû poursuivre sa critique jusqu’à Jacques Chirac.
  • Sur les problèmes des banlieues, la critique serait plutôt qu’il en a trop fait, ou pas comme il faut :
    • Mise en place du communautarisme dans sa ville, selon ses opposants. Il est difficile d’en juger le degré car il maintient dans le même temps que cela ne l’empêche pas de mener une politique d’intérêt général.
    • Dans un parti paraît-il de godillots, il s’en prend en 2004 au gouvernement de Jean-Pierre Raffarin – c’est une manie – et à sa “beurette gadget” (Tokia Saïfi). En détails ça donne : “Les Français issus de l’immigration méritent mieux que cela. L’effet Tokia Saïfi n’aura duré que le temps des législatives 2002, la droite est incapable de faire émerger de vraies personnalités charismatiques parmi les jeunes issus de l’immigration. Il y a vraiment un vote ‘beur et black’ qui n’est pas pris en compte par la droite.” Ce point de vue a visiblement été entendu lors de la campagne présidentielle et lors de la composition du nouveau gouvernement.
    • Son directeur de cabinet était d’origine iranienne et se voyait semble-t-il lui succéder.
    • Le bilan de ces expériences est très difficile à établir en raison des controverses. On note en tout cas que le député semble s’être replié sur le système de sélection classique des élites françaises pour le recrutement de ses nouveaux collaborateurs.
    • Comme pour l’absentéisme, les critiques envisagent le problème par le petit bout de la lorgnette, et si l’on regarde les élus confrontés à des questions similaires, les “dérives” communautaristes sont parfois presque plus extrêmes :
      • Communiqué de Jean-Paul Huchon, président [socialiste] du conseil régional d’Ile de France, En ce lundi 1er Chawel 1427 de l’Hégir, qui correspond au 23 octobre 2006 de notre calendrier, je souhaite à tous les musulmans d’Ile de France et de France une très bonne fête de l’Aïd al Fitr.
        Je souhaite qu’Allah accepte votre jeûne et vous comble de Sa Clémence et de Sa Miséricorde. “
      • Sébastien Pietrasenta, suppléant de la candidate socialiste aux dernières législatives contre Aeschlimann, n’a pas manqué de relayer l’appel de l’interassociative lesbienne et gaie à faire barrage à Manuel Aeschlimann “pour le respect et le droit de chacun de vivre dans la dignité“. Apparemment le député a signé avec 157 de ses collègues un texte affirmant son opposition au mariage ainsi qu’à l’adoption et la formulation porte atteinte à la dignité.

Se pourrait-il finalement que le vote se fasse sur enjeu et qu’on montre du doigt celui qui ose sortir de l’hypocrisie en appelant les choses par leur nom et en les systématisant ?

MAJ 5/8

  • E Pluribus Unum: Diversity and Community in the Twenty-first Century : compte-rendu d’une étude de Robert Putnam menée sur près de 30.000 personnes aux Etats-Unis. L’étude a été réalisée en 2000, mais Putnam a refusé de la publier “jusqu’à ce qu’il puisse développer des propositions pour compenser les impacts négatifs de la diversité”, soit jusqu’en juin 2007 dans cet article publié par les Scandinavian Political Studies. Extrait : “New evidence from the US suggests that in ethnically diverse neighbourhoods residents of all races tend to ‘hunker down’. Trust (even of one’s own race) is lower, altruism and community cooperation rarer, friends fewer. In the long run, however, successful immigrant societies have overcome such fragmentation by creating new, cross-cutting forms of social solidarity and more encompassing identities.”
  • The downside of diversity, article du Boston Globe sur l’étude de Putnam, publié ce jour.

Prochaine note : Corruption

Les notes de cette série :

  1. Introduction
  2. Opacité à Asnières
  3. Un heptatraître
  4. Un député activement paresseux
  5. Un vrai politique
  6. Corruption
  7. Déni de réalite (Retirée)

Référence : L’État de droit et les blogueurs face la manipulation

Relaxe du journal Le Monde

MAJ : Bruno de Beauregard fait appel de cette décision.

japarthur indique :

Jean-Marie Colombani et Gerard Davet, du journal Le Monde, sont relaxés au bénéfice de la bonne foi, suite à la plainte déposée par Bruno de Beauregard pour l’article publié le 22.10.05

A lire :

MAJ 21/7

Référence : L’État de droit et les blogueurs face la manipulation

La bulle politique asniéroise : Asnierois.org & Co. (IV)

La bulle politique asniéroise : Asnierois.org & Co. (I)

Un député activement paresseux

Le fidèle lecteur d’Asnierois.org ne manquera pas de relever que le député-maire d’Asnières fait carton-plein au jeu des sept péchés capitaux. Faute de pouvoir être exhaustif je prendrai l’exemple de la paresse.

Sébastien Pietrasanta, suppléant de la candidate socialiste à la députation contre Manuel Aeschlimann, résumait juste avant l’élection l’ensemble de ces griefs :

Lors de mes rencontres avec les Asniérois et les Colombiens, je me suis rendu compte que de nombreux concitoyens ne savaient même pas le nom de leur député. Il n’a rien fait durant ses 5 ans de mandat. Il a préféré faire des coups médiatiques plutôt que de travailler à l’Assemblée Nationale ou de s’occuper des problèmes des habitants de la circonscription.

A titre d’exemple, Le journal Le Cri du Contribuable a noté les députés en mai 2007. Il atteint une note de 8/29 alors que la moyenne est nettement plus élevée…Il n’a déposé que 49 questions en 5 ans alors que la moyenne par député est de 222…Pire encore, il n’a déposé qu’une seule proposition de loi en cinq ans…Et encore…c’était pour interdire les triangulaires aux élections. Une proposition de loi qui touche bien sûr la vie quotidienne des milliers d’Asniérois et Colombiens.

Enfin, le député n’est jamais présent. Il s’est fait épingler par son absence par de nombreux journaux (notamment l’Express). Il n’intervient quasiment jamais à l’Assemblée Nationale. Il ne participe presque jamais aux votes des lois (84 sur 1 094).

Voilà le vrai bilan de Manuel Aeschlimann. Il est terrible et ne fait pas honneur à la politique. Les Asniérois et les Colombiens devraient le savoir avant de voter.

Creusons un peu cette charge :

  • Sur la note de 8/29 du Cri du Contribuable :
    • L’article de Sébastien Pietrasanta est daté du 7 juin 2007. Le 8 juin 2007 asnierois.org publie un article intitulé “Elections : avant d’aller voter” où l’on retrouve cette “information”. Ceux qui commençaient à subodorer un zeste de mauvaise foi du site sont bien vite rassurés : “Chez nous il n’a plus la cote, mais chez les autres ? Eh bien figurez-vous, chez les autres non plus, il n’a pas la cote ! Et, promis, juré, nous n’y sommes pour rien.” Et de préciser, bien en évidence, que “Manuel Aeschlimann a réussi ça tout seul, un beau ZÉRO TOUT ROND POUR L’ANNÉE 2006/2007 !” Sans oublier le lien “top-crédibilité” vers la source d’origine où le lecteur peut constater de lui-même l’incontestable : sur la législature la note est bien de 8/29 et sur l’année de 0/5.
    • J’ai pris un petit échantillon de députés de la précédente législature qui ont été “promus” cette année (ministres, secrétaires d’Etat, président de l’AN etc.) en particulier Laurent Wauquiez, porte-parole du gouvernement, qui a publié un livre où il critique… l’absentéisme à l’Assemblée. A l’exception de l’excellente Nathalie Kosciusko Morizet qui obtient 3 points de plus qu’Aeschlimann, aucun n’a plus de 2,5/29. Laurent Wauquiez a droit à un zéro tout rond pour les cinq ans. Quant au PS-Modem-Verts-PC, sur l’échantillon que j’ai pris, on culmine à 1/29 sur les cinq ans. (François Bayrou, Jean Lassalle, Yves Cochet, François Hollande, Ségolène Royal, Jean Glavany, DSK, Laurent Fabius, Jean-Marc Ayrault, Didier Migaud, Elisabeth Guigou, Jacques Brunhes)
    • J’ai aussi fait une moyenne de tous les députés dont le nom commence par la lettre A : 3,42/29. En retirant Aeschlimann, on tombe à 3,16/29. Quand on fait la moyenne des députés PS et PC de cet échantillon on tombe à… 0/29.
  • Sur sa productivité :
    • Questions : 49. En comparant sa fiche à l’Assemblée à celles du même échantillon que pour le Cri du Contribuable, on constate qu’il est effectivement en dessous de la moyenne, mais pas de façon scandaleuse. Laurent Wauquiez n’a posé que 24 questions, par exemple, DSK 11… Par rapport à la moyenne de tous les députés (222 questions) c’est différent. Mon échantillon se caractérise (volontairement) par des députés connus ou sur le point de l’être.
    • Propositions de loi : 264. Ici il est dans la partie haute de mon échantillon. Le fait de n’avoir déposé qu’une seule proposition de loi n’est pas très significatif. Le rapport proposition de loi / loi effectivement votée doit tourner autour de 15. Dans les faits, il est assez rare qu’un député soit à l’origine d’une loi. En outre, la plupart des spécialistes du droit se plaignent de l’inflation législative : trop de lois, trop de textes qui se superposent… Retenir ce critère pour jauger l’efficacité des députés les fera, aux choix, rire ou entamer une dépression.
    • Rapports : 9. Ici il fait beaucoup mieux que la plupart de ses collègues.
    • Liste des séances où le nom du député apparaît : 5. C’est ici où la comparaison est la plus défavorable. Il est en bonne compagnie : Laurent Fabius ou Ségolène Royal, par exemple, apparaissent 8 fois. Par ailleurs, quand on sait qu’il suffit d’injurier son voisin pour apparaître dans le compte-rendu, je n’ose imaginer ce qui va se passer si ça devient un critère de qualité des députés.
  • En théorie, le rôle d’un député est de se consacrer aux problèmes nationaux, pas spécifiquement “de s’occuper des problèmes des habitants de la circonscription“.
  • Notons au passage que le culte de la personnalité sévissant à Asnières n’est pas aussi pesant qu’on nous l’affirme, l’opposition socialiste découvrant des masses d’électeurs qui n’ont jamais entendu parler de leur député-maire. De là à en conclure que c’est un problème national, connu depuis longtemps, qui explique pourquoi Aeschlimann ne rate jamais une occasion d’apparaître dans la “propagande” municipale, il y a un pas…

En vérité on se trompe de cible. Ce qui est dénoncé est le fait que le parlement soit devenu une chambre d’enregistrement. La réalité est la suivante :

  • Michel Rocard, ancien Premier ministre socialiste, indiquait que le rôle de l’Assemblée était essentiellement symbolique. Les décisions se prennent quelque part entre le gouvernement, la technostructure, les médias, les sondages, les lobbies et Bruxelles.
  • L’Assemblée ne maîtrise pas vraiment son ordre du jour.
  • Les spécialistes considèrent que le gros du travail utile à l’Assemblée se déroule en commission. Dans la législature qui vient de s’achever Manuel Aeschlimann était membre de l’une des plus importantes : la commission des lois.
  • Dans ce système un député efficace ne perd pas son temps à vociférer en séance à l’Assemblée. Il noue des contacts fructueux dans les ministères et ailleurs, intervient dans les médias pour peser sur les décisions… En dénonçant ses coups médiatiques, Sébastien Pietrasanta complimente involontairement le député.

On est à l’évidence très loin du rôle du parlement tel que l’enseigne probablement Sébastien Pietrasanta à ses élèves en cours d’histoire. Son age d’or s’est achevé avec la IIIe République dont les débats parfois violents ont abouti à certains de nos meilleurs textes. On peut parfaitement plaider pour une restauration de son rôle, qui semble d’ailleurs s’amorcer ces jours-ci. Pour ma part, il me semble toutefois assez anachronique de vouloir ramener le débat entre les murs étroits de l’Assemblée alors que s’amorce grâce au net la possibilité d’y faire participer tous ceux qui le veulent en fonction des sujets.

En creusant, on découvre que la charge initiale, assez ridicule, occulte un débat intéressant, fort éloigné toutefois des préoccupations concrètes de la plupart des asniérois. Comme quoi celui que l’on désigne à la vindicte populaire n’est pas forcément le plus déconnecté des réalités.

Prochaine note : Un vrai politique

Les notes de cette série :

  1. Introduction
  2. Opacité à Asnières
  3. Un heptatraître
  4. Un député activement paresseux
  5. Un vrai politique
  6. Corruption
  7. Déni de réalite (Retirée)

MAJ 13/7

La mairie, de plus en plus réactive, me transmet deux documents intéressants :

MAJ 15/7

Par comparaison de ce qu’est une opposition pertinente et digne de ce nom, voir le site lancé par Christophe à Puteaux :

http://www.puteaux.org/

Référence : L’État de droit et les blogueurs face la manipulation

La bulle politique asniéroise : Asnierois.org & Co. (III)

La bulle politique asniéroise : Asnierois.org & Co. (I)

Un heptatraître

On a vu sa proximité avec asnierois.org. Qui est Josiane Fischer par rapport à Manuel Aeschlimann, plus précisément ? Dans une note de janvier 2004, asnierois.org nous indique que cette ex-adjointe fait partie de la liste de ses “sept trahisons” sur la voie du pouvoir. Pour résumer la version d’asnierois.org, Aeschlimann lui a fait croire qu’elle était sur sa liste aux élections municipales de 2001, puis au dernier moment il en a déposé une autre où elle ne figurait pas. L’avantage était le suivant : il était trop tard pour qu’elle dépose la sienne ou en rejoigne une autre, Aeschlimann s’en est débarrassé sans risquer de l’avoir contre lui.

Bon alors j’imagine que tout le monde est choqué. Sauf que :

  1. On ne sait pas pourquoi il s’en est débarrassé. On peut formuler diverses hypothèses : si on aime Fischer, parce qu’elle lui faisait de l’ombre, et si on ne l’aime pas, parce qu’elle n’était pas au niveau, ou qu’elle complotait contre lui, ou encore qu’il voulait rompre avec les héritages du passé.
  2. Ca dépend de la conception que l’on a du politique. Si l’on en a une vision idéaliste, c’est-à-dire un individu totalement désintéressé, c’est très mal. Si l’on a une vision réaliste, ça se discute. En général, je constate que les meilleurs systèmes sont ceux qui tendent à aligner l’intérêt personnel sur celui des autres. On en vient alors à la conception suivante : les politiques sont les représentants et les négociateurs d’intérêts divergents. C’est-à-dire qu’un politique qui ne défendrait pas au mieux son intérêt et donc celui qu’il représente commettrait une faute politique.
    J’ai évoqué plus longuement cette question sous l’angle de l’activiste dans cette note, bien avant de découvrir les méandres de la vie politique asniéroise ou bien encore dans cette réponse à mon ami ~laurent.
  3. Les hommes étant ce qu’ils sont, ce genre de coups tordus est inévitable avec le scrutin de liste, c’est sans doute aussi pourquoi De Gaulle a préféré le scrutin majoritaire aux élections législatives : on se présente où on veut sans négocier sa présence sur une liste. Il n’avait malheureusement pas anticipé que les questions de financement finiraient par introduire un problème proche. Les partis ont l’argent, difficile de faire sans, même si le net devrait réduire ce problème. Pensez-y la prochaine fois qu’on vous vendra le scrutin proportionnel comme voie sacrée vers le bonheur.

Sur cette affaire, à supposer que ce soit la version exacte, Manuel Aeschlimann est un homme politique professionnel dans une action à première vue limite. Si on n’aime pas, il vaut mieux envisager autre-chose.

Josiane Fischer a choisi de continuer et s’est portée candidate aux élections législatives de 2002, où elle a fait 7,86%, puis à celles qui viennent d’avoir lieu, où elle a obtenu 3,08%. Le Nouvel Obs précise : “Josiane Fischer, ex-adjointe également, mais « partie d’elle-même », insiste-t-elle, et il y a plus longtemps : c’était en 2001“. Etrange : en 2007, dans un article qui évoque les terribles dérives du député, Fischer, la représentante de l’éthique et de la lutte contre la corruption, était partie d’elle-même. Mais en 2004, dans Asnierois.org, elle s’était fait virer, et dans Le Parisien en 2001 elle criait même à l’“attentat politique”.

Dans ce commentaire, japarthur me recommande de mentionner qu’elle a gagné deux fois en diffamation, pour des faits postérieurs à son renvoi, contre des proches du maire. L’objet de cette note n’est pas de s’en prendre à la personne de Josiane Fischer, mais de s’intéresser à la femme politique dans ses actes. Elle axe son discours sur l’éthique. Fort bien. Elle se doit donc d’être irréprochable sur ce point. Or elle se présente d’une façon grossièrement inexacte à la journaliste du Nouvel Obs pour se démarquer des deux autres candidats de droite, virés ultérieurement.

Je le redis, je n’ai rien contre ces pratiques de comm. En quelques mots, il faut donner une image de vous, c’est forcément réducteur. Mais la moindre des choses est de les relever, puisque, quand le député-maire fait de même, de façon plus subtile, on juge que c’est révélateur de son art consommé de la manipulation. Quand on observe que la candidate de l’éthique s’y met, il faudrait le taire ?

Alors, l’éthique, terrain glissant, toujours facile à administrer aux autres, nettement moins à appliquer soi-même, comment faire pour qu’elle progresse ? C’est affaire de pression sociale. On se trompe juste de cible. Ce sont les Français qu’il faut convaincre. Il en sera alors de l’intérêt des politiques de les suivre.

J’admets volontiers qu’il puisse y avoir des déformations journalistiques. Mais dans ce cas il faut faire preuve de mansuétude indifférenciée.

Prochaine note : Un député activement paresseux

Les notes de cette série :

  1. Introduction
  2. Opacité à Asnières
  3. Un heptatraître
  4. Un député activement paresseux
  5. Un vrai politique
  6. Corruption
  7. Déni de réalite (Retirée)

Référence : L’État de droit et les blogueurs face la manipulation