Grâce aux pouvoirs magiques que confère instantanément l’ouverture d’un blog, j’ai pu mettre à jour une considérable conspiration, que dis-je une atteinte quasi mortelle à notre République. C’est avec courage, mais non sans saliver à la perspective d’une célébrité éphémère, que je dois vous révéler ce que même un esprit torturé n’aurait pu concevoir. Le petit Nicolas séquestre notre grand sage, notre Président bien aimé.
C’est un homme agissant sous la contrainte des pires sévices qui a lu ses vœux, l’autre jour, dans le poste. C’est ce même homme, d’une dignité exemplaire dans l’épreuve, qu’on a pu voir une dizaine de jours après le début de l’opération « crise identitaire » des cellules UMP. Ces cellules, organisées sur le modèle du parti communiste, colonisent chaque jour nos quartiers d’ordinaire si harmonieux et paisibles, y instillant la haine et le désordre.
Cet homme, qu’on reconnaîtra un jour comme le Nelson Mandela français, a pu me faire parvenir ses vrais vœux en les cachant dans le cul d’une vache. Je vous les livre avec émotion et sans puanteur.
Mes chers compatriotes,
J’ai bon espoir que ces vœux vous parviendront. Je risque d’être privé de Corona pendant trois semaines s’ils sont rendus publics, mais le service de notre République est à ce prix. Mon sort importe peu.
Mes chers compatriotes, qu’est-ce que la France ? C’est un illustre passé, mais c’est surtout un grand avenir. Voici une nation qui a donné au monde sa première déclaration des droits de l’homme, a été décisive dans la construction de la nation américaine, et qui soudainement n’aurait plus rien à dire, aucune contribution à fournir au monde ?
Mes deux mandats ne sont pas bons, je le sais. Mais pourquoi mes échecs seraient-ils aussi les vôtres ? Vous m’avez élu pour résoudre les problèmes de notre pays. La France se scindait en deux. Et pour vous, une France divisée sur l’essentiel, ce n’est plus la France. Alors vous m’avez élu. J’ai essayé. Mais je n’y peux rien.
Mes chers compatriotes, il est temps que je vous l’avoue. Je ne peux pas résoudre vos problèmes. Vous savez, c’est moi qui, jeune ministre, ai créé l’ANPE. Réduire le chômage, ce serait réduire à néant tout le travail d’une vie, entièrement consacrée à sa gestion. Comprenez-moi, réduire le chômage, c’est menacer mon poste de travail. Je ne sais rien faire d’autre que gérer le sous-emploi. Je suis trop vieux pour me former au plein-emploi. Et n’attendez rien des petits jeunes qui font mine de me détester. Ils sont tous comme moi. C’est moi qui les ai formés !
Mais, mes chers compatriotes, vous, vous allez apprendre de mes erreurs, car vous êtes la France. Vous n’êtes pas fossilisés depuis cinquante ans dans la même branche. Vous allez cesser d’attendre que votre avenir vienne des autres. Vous allez prendre votre destin en main. Vous allez rebondir.
Lors de mes voyages à l’étranger, on me dit beaucoup de bien de notre pays. Nous sommes la capitale mondiale du luxe et de la mode. Nous fabriquons des ponts qui impressionnent les habitants de San Francisco, près de la Silicon Valley, incapable de bâtir les leurs sans nos conseils. Nos infrastructures sont reconnues comme d’exception, nous représentons le bon goût, l’élégance, la culture et le sens de l’honneur. Nous sommes la première destination d’investissement étranger après la Chine. Nous sommes la première destination touristique du monde. Nous sommes présents dans tous les secteurs économiques. Nous symbolisons les droits de l’homme, la justice et la paix. Oui, il n’y a que nous qui ne croyons pas en nous. Quelle autre nation au monde dispose d’autant d’atouts dans son jeu ? Et pourquoi si nous avons si peur de pays qui font vingt fois notre taille, les pays qui font vingt fois moins que la nôtre n’ont-ils pas les mêmes inquiétudes ?
Nous avons été la nation la plus puissante du monde. Ce n’est plus le cas. Mais nous représentons toujours un modèle singulier, qui a inspiré et continue d’inspirer le monde entier. Nous nous morfondons souvent sur notre passé, tentant d’expier nos fautes. Mais un exemple montre combien cette démarche est malgré tout utile, aujourd’hui.
Un général a commis une faute, grave, qui si elle n’était pas sanctionnée nous ferait prêter le flanc à la critique, terrible, de duplicité. Dans le passé, cette faute aurait été étouffée. Cette année, elle a été rendue publique. C’est difficile pour nos hommes, car un général sur le terrain doit agir vite et protéger ses hommes. Il est difficile de se conduire comme la patrie des droits de l’homme sur un terrain d’opérations militaires, face à des ennemis qui n’ont pas nos scrupules. C’est pourtant ce que nous faisons, désormais. Et notre image, déjà bonne, n’en sortira que renforcée. Lorsque la France interviendra à l’avenir, on saura que ce qui la motive est la paix, la justice et la liberté. Nos beaux discours sont sanctionnés par des actes, concrets. C’est un atout inestimable, probablement critique dans le monde troublé du XXIe siècle. Petit à petit, nous étendons notre soft power. Les journalistes, qui habituellement ne font que répéter mes voeux comme des perroquets auront pour une fois du boulot, il va falloir qu’ils vous expliquent ce qu’est le soft power. Désolé les mecs, c’est le 31, mais moi aussi je bosse, alors pourquoi pas vous ?
Car qu’aurez-vous à trancher au XXIe siècle ? Comment empêcher des actes terroristes d’une ampleur inégalée. Que faire du clonage ? Que faire des manipulations génétiques ? Que faire de l’environnement ? Que faire des nanotechnologies ? Que faire de la vie privée ? Que faire de la fusion entre l’homme et la machine ? Le XXIe siècle, mes chers compatriotes, est celui où l’homme devient démiurge. Et sur l’ensemble de ces sujets, la voix de la patrie des droits de l’homme sera considérable, indispensable, et peut-être même critique.
Nous avons donné à l’homme des droits, s’il devient aussi puissant qu’un dieu, il faut le doter d’un esprit de responsabilité qui va bien au-delà des progrès notables, mais insuffisants, qui ont été les nôtres depuis la fin de la 2de guerre mondiale. Croyez-vous vraiment que ces sujets pourront être résolus uniquement sous forme d’études de cas dans les écoles de management de la mondialisation ? Non, il y faudra des scientifiques, des ethnologues, des sociologues, des médecins, des entrepreneurs, des juristes, des artistes, des visionnaires, bref tout ce que le génie humain peut compter de créatifs, agissant de conserve dans un but commun. Et il y faudra le poids et l’intérêt de nous tous, pour les comprendre et les appuyer.
Nous avons devant nous une nouvelle révolution copernicienne. Or qui d’autre que nous et nos amis européens se soucie autant de toutes ces questions ? Les nouveaux pays émergeants ont à gérer leur développement et les Etats-Unis en sont à débattre s’il faut combiner l’enseignement du darwinisme et le message religieux. Comment penser le XXIe siècle quand on débat de questions tranchées au XIXe ?
Certes, tout n’est pas rose. Nous avons échoué dans le domaine informatique, et nous sommes mal placés sur le net. C’est normal, nous aimons les grands projets, or ce sont deux domaines où l’esprit d’initiative et l’expérimentation ont tendance à l’emporter sur les longues phases de planification/décision qui étaient jusqu’ici les nôtres. Instruit par l’expérience, nous avons crée les pôles de compétitivité. Certains de mes amis étrangers gloussent sous cape. « Vous revoilà avec vos vieilles idées dirigistes. Vous croyez encore que l’on peut diriger l’innovation », me disent-ils. Rira bien qui rira le dernier, car la trame intellectuelle des pôles de compétitivité vient de Michael Porter, l’un des grands spécialistes de la compétitivité, directeur de recherche à Harvard, une prestigieuse école de commerce américaine. Dans ses recherches, Michael Porter s’est, entre autres, particulièrement intéressé au pôle de compétitivité italien de la céramique. Les bonnes idées sont partout, parfois à deux pas, de l’autre côté des Alpes, au point que des chercheurs américains prennent le temps de s’y déplacer et de les analyser en détail. Et au lieu d’en rester à nos vieilles idées dirigistes qui nous ont quand même donné Ariane, le Tgv, Airbus et le reste de nos remarquables infrastructures, nous tentons l’expérience. Et pas sans conviction et sans moyens.
Cette année, l’Etat accomplit lui aussi une révolution, au niveau de la gestion de son budget. Cela passe inaperçu, car contrairement à une légende tenace, les fonctionnaires, prétendument rétifs au changement, ne se sont pas mis en grève pour la dénoncer. Or au lieu de voter des budgets de façon figée, sans s’intéresser à leur adéquation aux objectifs, nous allons définir des objectifs et pouvoir ventiler en fonction des besoins réels sur le terrain. Par endroits nous introduisons plus de souplesse au niveau de ceux qui sont au contact des problèmes. A d’autres nous améliorons le contrôle du Parlement sur l’utilisation des crédits. Ce n’est certes pas cela qui va réduire d’un trait de plume nos déficits inquiétants, mais au moins devrions nous mieux éviter les gaspillages que pointe malheureusement encore trop souvent notre remarquable Cour des comptes, qui constitue, elle aussi, une référence dans le monde.
Enfin, et surtout, j’entends des discours étranges, dernièrement. La France serait soudainement devenu un pays raciste. Alors que l’on m’explique pourquoi le taux de mariage mixte aux Etats-Unis est quasi nul, alors que les mariages mixtes sont une réalité banale de la société française contemporaine ? Que l’on m’explique comment un pays raciste peut avoir parmi ses deux personnalités de l’année un noir et un kabyle ? Que le plus grand comique Français actuel s’appelle Jamel ?
Un pays raciste qui se donne bonne conscience aurait son arabe de service, un peu comme nous au gouvernement. Mais en fait, regardez un peu les CV, il y a combien de gens au gouvernement qui n’ont pas fait une grande école ? Or comme l’entrée à certains points de passage se fait sur la réputation des établissements scolaires, être catalogué en ZEP est immédiatement signe de mauvais niveau. Où comment un « label » destiné à aider les gens finit par les stigmatiser.
Il y a effectivement des discriminations, et il y a effectivement des quartiers défavorisés. Mais même le fait de présenter les choses ainsi, c’est stigmatiser des Français comme les autres. La République a eu tort de parquer tous ceux qui souffrent le plus au même endroit, je le reconnais, mais c’est un problème difficile à résoudre parce que c’est l’ensemble de la société française qui est bloquée. Ceux qui sont au plus bas de l’échelle souffrent le plus, et souvent ce sont les derniers arrivés. Réduire cela à des couleurs de peaux et à des coutumes, c’est ne rien comprendre à notre vrai problème, qui est de remettre notre société en mouvement, de permettre à chacun et à chacune de voir son avenir dans un sens positif, de redynamiser la mobilité sociale.
Comme je l’ai dit, je suis incompétent pour résoudre ce problème. C’est à vous de prendre votre avenir en main. Votez, participez, éduquez-vous, travaillez et arrêtez le cynisme, qui n’est qu’un prétexte pour ne rien faire. Et vous verrez que ce sont les plus défavorisés actuels qui remettront ce pays dans le bon sens. Car eux savent parfois encore mieux que nous ce qu’est la France.
A l’année prochaine. Promis, c’est la dernière. Après ce sera Bernadette qui m’apportera les oranges.
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Désolé mon p’tit lionel j’suis passé à coté de cette perle …
> Comme je l’ai dit, je suis incompétent pour résoudre ce problème.
> C’est à vous de prendre votre avenir en main. Votez, participez,
> éduquez-vous, travaillez et arrêtez le cynisme, qui n’est qu’un
> prétexte pour ne rien faire. Et vous verrez que ce sont les plus
> défavorisés actuels qui remettront ce pays dans le bon sens.
> Car eux savent parfois encore mieux que nous ce qu’est la France.
> A l’année prochaine. Promis, c’est la dernière.
> Après ce sera Bernadette qui m’apportera les oranges.
J’ADDORRE
c un peu facile la fin sur les oranges. comme quoi ce sont tout le temps les moins fines qui plaisent le plus
> lionel
pfuuiii je te fais un compliment, et si je souligne la fin c’est juste pour dire que j’ai lu jusqu’au bout
j’ai pris grand plaisir à te lire, et partage beaucoup des réflexions que tu distilles dans cette parodie.
Bravo !
merci !