Après le bling-bling, le toc
› Le premier budget de M. Pietrasanta est en toc : le chaland peut s’y laisser prendre alors qu’il n’y a en vérité aucune amorce de solution aux problèmes structurels dénoncés durant la campagne.
Comment passer d’une campagne où l’on a beaucoup biaisé à la réalité de la gestion d’une ville ? Voyons comment s’y prend la nouvelle équipe municipale d’Asnières dans son premier budget.
Avant l’élection, on expliquait que les économies évidentes à réaliser résoudraient les problèmes. Sur les documents de campagne de M. Pietrasanta, on évaluait les économies sur le fonctionnement à plus de 3 millions d’euros par an, soit 39€/habitant. Ici même, on m’expliquait que “la municipalité gaspille chaque année entre 3 et 6 Millions d’Euros de frais de fonctionnement”. Je désinformais les foules en estimant qu’on ne pouvait pas viser plus de 10€/habitant d’économie.
A combien se montent les économies annoncées par Mme Christine Cam, responsable des finances, dans le nouveau budget de la municipalité ? 900.000 euros, soit 12€/habitant1. De plus, comme d’autres postes augmentent, en particulier le personnel en hausse de 8%, il n’y a au final aucune économie sur le fonctionnement, bien au contraire.
Comme il était politiquement difficile, après pareille campagne, d’en rester à une si modeste performance, la nouvelle équipe se livre à un magistral tour de passe-passe : elle utilise l’abondante trésorerie léguée par ses prédécesseurs pour ne pas augmenter la dette en 2008. Et pour bien camoufler le tout, elle transforme l’existence de cette réserve en colossale erreur de gestion.
Les arguments déployés seraient recevables si les villes comparables n’avaient pas eu la manie de faire pareil, voire “pire”. Reportons-nous comme d’habitude à la comptabilité des communes disponible sur le site du ministère du Budget. En 2001, le fonds de roulement d’Asnières était de 20€/habitant contre 6 pour la moyenne de strate. En 2002, il est devenu négatif à Asnières et nul pour la moyenne de strate. Il est ensuite redevenu positif, pour s’établir en 2006 à 189€/habitant à Asnières contre 102 pour la moyenne de strate.
Voyons maintenant ce qu’il en est de Clichy, puisque Mme Cam gérait le budget de cette ville avant l’élection. J’avais déjà eu la bassesse de relever que les impôts locaux et les dépenses de fonctionnement y avaient beaucoup plus augmenté qu’à Asnières. Qu’en est-il du fonds de roulement ? Il a suivi exactement la même évolution, pour s’établir à 204€/habitant en 2006, soit 15€/habitant de plus qu’Asnières. La criminelle erreur de gestion dénoncée avec emphase par l’équipe de l’élue Christine Cam à Asnières était pratiquée par l’équipe de la directrice générale des services de Clichy, Mme Cam Christine.
Au passage, puisque les premiers chiffres concernant 2007 sont disponibles, relevons que :
- Les charges de fonctionnement de Clichy ont augmenté de 14% par rapport à 2006, alors qu’elles sont restées stables à Asnières, et donc en baisse en tenant compte de l’inflation. A Colombes, la hausse est de 9%.
- Que l’endettement à Clichy est reparti à la hausse, de 5% par rapport à 2006, contre 9% pour Asnières, alors que l’assèchement du fonds de roulement pratiqué cette année à Asnières pour pouvoir prétendre que la dette est stabilisée, Clichy l’avait justement réalisé en 2007, de 204€/hab. à 42€/hab. A Colombes, pas de hausse de l’endettement.
- Que les achats et charges externes ont baissé de 5% à Asnières par rapport à 2006, contre une hausse de 16% à Clichy. A Colombes, la hausse est de 6%.
Au vu de ces prouesses, on se demande si c’est à Clichy qu’il fallait aller chercher de quoi résoudre les problèmes soulevés durant la campagne.
Dans la dernière livraison d’Asnières Infos, Mme Cam amorce un autre tour de passe-passe. Dans mon analyse du bilan dressé par M. Pietrasanta, je relevais que les ressources hors impôts et taxes locales étaient restées stables durant la précédente mandature. Une part comprend ce que Mme Cam appelle “les prestations aux Asniérois”. Et de relever qu’elles “n’ont pas été augmentées depuis des années”. Pour justifier leur prochaine hausse, elle tente à nouveau le coup de l’erreur de gestion de ses prédécesseurs, de façon d’ailleurs moins franche que lors du dernier conseil municipal.
Au reste, ce n’est pas le contribuable qui verra ses prélèvements augmentés, c’est l’usager qui verra ses prestations en hausse. L’arbitrage entre impôt et tarif des services municipaux est certes une question intéressante, mais elle aurait dû être tranchée par les asniérois, et non une fois leur vote acquis. Pour une équipe qui s’est fait élire sur la promesse d’améliorer la situation financière de la ville sans relever les impôts, c’est soit une habileté de communication, tant dénoncée quand il s’agissait de M. Aeschlimann, soit un reniement.
La nouvelle équipe s’engage dans une série de numéros de prestidigitation dont il lui sera bien difficile de sortir. Le futur audit et les inquiétudes de Mme Cam quant au service de la dette, anormalement faible selon elle, préparent déjà le terrain des terribles “découvertes” qui justifieront toutes les infidélités aux engagements de campagne. Du coté de Mme Fischer, première adjointe, on attend toujours des merveilles de la taxe professionnelle. Mais ce bel optimisme est contredit à quelques heures d’intervalle, par Mme Cam, qui relève que l’entreprise qui contribue le plus à cette taxe est en train de quitter la ville.
Débat public
Sur la qualité du débat public, problème à mon sens bien plus critique que la situation financière de la ville, il y a évidemment un net progrès par rapport à la mandature précédente. Pas quant au niveau général des interventions, toujours aussi médiocre, mais au moins cette médiocrité ne dérive-t-elle plus vers le pugilat. On peut mettre ce changement au crédit du nouveau maire ou relever que l’absence de MM. Casari et Semoun est une bien heureuse coïncidence.
Pour ceux qui veulent comparer par eux-même, l’intégralité d’un conseil de la précédente mandature est disponible ici. Il n’y avait pas de porte-voix, il a donc fait un flop.
Classicisme des deux premiers numéros d’Asnières Infos
› On est pour l’heure très loin du véritable magazine d’information promis.
La majorité se répand à longueur de pages, vend son budget et ses élus. L’opposition, plutôt que de s’intéresser aux questions de fond, par exemple le budget, consacre son espace à se plaindre d’être muselée.
La polémique un peu artificielle concernant la place réservée à l’opposition prend consistance avec l’apparition d’une nouvelle rubrique consacrée à des portraits d’élus, tous de la majorité. Par ailleurs, il est curieux que M. Dechenoix ne dispose pas d’espace.
Le droit de réponse demandé par M. Aeschlimann pour sa mise en cause dans le premier numéro a été refusé au suivant, ce qui conduira vraisemblablement à nouveau tout ce petit monde au tribunal.
Niveau photos, on fait au pouvoir ce que l’on dénonçait dans l’opposition. J’ai comparé le numéro 2 de la mandature, consacré au budget, au dernier numéro consacré au budget de la mandature précédente :
| 1er budget pietrasanta | Dernier budget aeschlimann | |
| photos où le maire apparaît | 7 | 3 |
| photos où des élus de la majorité apparaissent | 8 | 1 |
| photos sans élu identifiable | 33 | 48 |
Le jeu de chaises musicales a redistribué les rôles et chacun reprend la partition là où son prédécesseur l’avait laissée. C’est bien sûr le contraire qui eût été étonnant. Ne manque plus que l’habituel concert des lamentations face au cynisme suscité par la politique. La “révolution” face à la tyrannie reprendra alors son sens premier : mouvement circulaire par lequel un mobile revient à son point de départ.
Filtrage de l’information
› M. Pietrasanta, tel son prédécesseur, ne diffuse que ce qui l’arrange. L’un admettait communiquer. L’autre prétend informer. Il y a donc bien un progrès : dans l’hypocrisie.
La polémique concernant la structure d’encadrement des enfants par des personnes “même pas diplômées” est exemplaire des méthodes de la nouvelle équipe.
Comme pour le budget de la ville, on commence par transformer en scandale quelques points spécifiques d’une question, puis l’on fournit aimablement les articles de presse que ces hauts-cris ont suscité. C’est ainsi que M. Pietrasanta diffuse sur son blog l’article du Parisien du 22 avril intitulé “La structure pour les jeunes fonctionnait sans agrément”. Quand le lendemain Le Parisien creuse la question et découvre que les parents considèrent que cette structure fait du très bon boulot, M. Pietrasanta, qui traque l’illégalité partout où elle se niche, décide soudainement de respecter la législation sur les droits d’auteur en se gardant de diffuser les articles en question
Selon les sites de l’opposition, M. Pietrasanta a également choisi de respecter les droits d’auteur du Parisien en se gardant de diffuser les articles consacrés aux déclarations de son adjoint à la sécurité. C’est fâcheux, car s’il est exact que le préfet des Hauts-de-Seine a déclaré qu’il s’“étonne de la légèreté du nouvel élu d’Asnières qui a pris fait et cause pour les délinquants alors que la police a fait son travail”, ça mérite d’être signalé, quoi qu’on en pense. Ce n’est pas tous les jours qu’un représentant de l’État met en cause de la sorte un élu. La principauté de Banasnières compte-t-elle rappeler son ambassadeur à Paris ?
Opacité d’un jour, opacité toujours
Dans les commentaires d’une note de l’ancien blog de M. Pietrasanta, consacrée à une réunion d’Anticor, un certain “Jean-Baptiste” intervenait. Malheureusement pour lui, contrairement à l’usage des autres plateformes de blog, l’adresse e-mail est rendue publique : il s’agit donc de philippe.petit@agel***.com, le conjoint de Mme Fischer et titulaire du domaine asnierois.org.
Dans le nouveau forum d’asnierois.org, les modérateurs se présentent. Il y a Jean-Baptiste, 48 ans, à Asnières depuis 1981, de droite, mais surtout formé à l’école de la République. Il y a aussi Martine, 32 ans, ni de droite ni de gauche, passionnée de démocratie participative et citoyenne. Il y a bien sûr une page de bienvenue aux nouveaux, et là Jean-Baptiste et Martine vous souhaitent… la bienvenue. Seul hic, le commentaire envoyé par Martine a pour signature… Jean-Baptiste T.
Au demeurant, ce forum est une bonne initiative, mais qui aurait dû exister avant l’élection pour aboutir à un projet sérieux qui aurait réellement engagé ceux qui l’auraient porté. Tant que les liens entre asnierois.org et la nouvelle équipe subsisteront, ce forum pourra également être considéré comme un moyen d’éviter que le débat ne se déporte ailleurs et devienne incontrôlable. Je rappelle que quand M. Pietrasanta a jugé que les commentaires sur son blog devenaient inopportuns, il les a simplement fermés. De plus, on sait qu’à Asnières celui ou celle qui détient le contrôle des “révoltes citoyennes” dispose d’un atout intéressant.
Voilà qui fera peut-être enfin réfléchir sur les faux procès à partir de quelques faits habilement présentés et sur l’incompatibilité entre professions éthiques et anonymat.
Transparence et démocratie participative
› La nouvelle équipe peut continuer ses numéros d’illusionniste ou bien innover pour bâtir l’une des premières mairie de verre, où édiles et administrés disposent de la même information, sans filtrage et sans orientation, quel qu’en soit le coût politique à court terme. Ses premiers pas sont hélas dans la droite ligne de son refus pour elle-même de tout anticorps et auto-correction lorsqu’elle était dans l’opposition et l’activisme.
Je le rappelle, j’avais ouvert ce blog pour réfléchir à la démocratie participative. Asnières n’est venue qu’en cours de route comme cas concret car la plupart des dérives reprochées à M. Aeschlimann tiennent en vérité aux limites de la démocratie représentative.
Ce qui est particulièrement intéressant, c’est qu’il les avait lui-même théorisées et tenté d’y remédier. Voici ce qu’il écrivait en 2004 à propos de la création du Conseil Économique et Social, du Conseil des Communautés, des Comités de quartier et de sa réactivation du Conseil Communal des Jeunes :
Les contingences politiques – la gauche, la droite – ne sont que peu évoquées, car chacun a bien compris que nous agissons pour Asnières et les Asniérois, dans une pure action locale de proximité. Cet esprit de rassemblement et cette volonté d’aller de l’avant, j’aime à les retrouver chez la plupart de mes interlocuteurs. Cela change radicalement de ces Conseils municipaux où l’on voit des opposants ne pas voter une action humanitaire en faveur d’Haïti, un crédit pour une crèche, ou tenter tout simplement de faire échouer la construction d’une école ou d’un parking. On comprendra qu’à ces relents d’obstruction systématique, nous soyons nombreux à préférer la démocratie directe, ce courant d’air frais du dialogue constructif entre Asniérois.
Vus les numéros de cabotinage très convenus auxquels se livrent les assemblées d’élus, il est difficile de donner tort à cette volonté de les court-circuiter au profit de ce qu’il serait plus pertinent de qualifier de démocratie en direct, entre le responsable et l’électeur.
Le problème des structures intermédiaires, c’est qu’elles ont beau ne servir à rien et même constituer de formidables forces d’inertie, contournez-les et elles se vengent. Ici aussi M. Aeschlimann avait théorisé la chose devant un parterre de communiquants, concernant Ségolène Royal : il relevait qu’elle était en train de gagner l’investiture de son parti en contournant l’appareil, qui avait en conséquence tenté de perturber son lien direct avec l’opinion, en la faisant par exemple huer lors de l’un de ses meetings. C’est ce même phénomène auquel il a lui-même tenté de faire face, ce qui au final a permis de le faire passer pour autocrate. Le fait que l’expérience ait fini par mal tourner, d’ailleurs dans une large mesure pour d’autres raisons, ne doit pas faire perdre de vue que l’analyse de départ était pertinente.
M. Aeschlimann ayant échoué, qu’est-ce qui pourrait constituer un progrès ? Le remède classique est de s’en remettre aux vertus morales du nouvel élu : grâce à ses considérables qualités personnelles, il ne tombera pas dans les mêmes errements que son prédécesseur. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette solution n’a pas l’air de donner les résultats escomptés. L’erreur est à mon sens de croire que ce qui détermine essentiellement l’action d’un représentant, c’est ce qu’il est, et non son contexte et son champ d’action. On remplace l’élu qui nous a tant déçu, alors qu’il serait largement plus efficace de tenter d’influer sur son contexte.
Histoire de ne pas toujours s’en prendre à la pauvre Mme Cam, intéressons-nous cette fois à Anticor, dont l’approche relève essentiellement de ce mauvais remède. C’est assez curieux d’ailleurs, puisque le juge Halphen n’en est pas à son galop d’essai : après avoir tenté d’agir de l’extérieur comme magistrat, il a tenté sa chance comme élu. On pourrait donc s’attendre qu’à la troisième tentative la démarche soit un peu mieux assurée. Outre une charte irréaliste, ce qui frappe, c’est l’absence d’anticorps au sein même d’Anticor. Comme si le simple fait de s’intéresser à Anticor et de faire partie du club immunisait contre la maladie contagieuse de ceux qui n’en sont pas. Comme si l’on pouvait faire toute confiance à un candidat qui signe la main sur le cœur une charte inapplicable afin de se prévaloir du précieux label, gage de moralité, auprès des électeurs.
Cette question n’est pas théorique, n’est pas à régler le moment venu, elle aurait dû constituer le cœur même de la démarche d’Anticor, du style : “avant de donner des leçons aux autres, assurons-nous de disposer nous-mêmes d’une gouvernance solide”. Est-ce le cas ? Lors des dernières législatives, Anticor a labélisé 3 candidats dans les Hauts-de-Seine, un département paraît-il sinistré en termes de probité des élus. Outre Mme Fischer, sur qui la main heureuse d’Anticor s’est-elle arrêtée ? Arash Derambarsh, le célèbre “Président” de Facebook, merveilleux “canular” dans lequel une bonne partie des médias français sont tombés. Anticor a-t-elle au moins communiqué sur le sujet, fait état de regrets, bref montré qu’elle évaluerait mieux les candidats qu’elle labélise à l’avenir ? Non.
Autre approche, M. Aeschlimann proposait durant la campagne de mettre en place une commission participative sur l’éthique dans la vie municipale. Il s’agit en quelques sortes d’un modèle réduit des diverses autorités indépendantes qui se sont progressivement mises en place à l’échelon national dans les démocraties avancées. En France, ce mouvement est en train d’aboutir à l’idée de constitutionnaliser et d’étendre le rôle du médiateur de la République. L’un des problèmes est que la personne choisie pour la mise en place de cette commission est liée à l’UMP. Elle aurait donc très vite été accusée de partialité. Ce qui est peut-être moins évident, c’est que l’accusation aurait été formulée quelle que soit la personne choisie. Je suis bien placé pour le savoir : je n’ai jamais mis les pieds à Asnières et j’écris ici ce qui me chante. J’ai toutefois régulièrement été accusé d’être vendu, collaborationniste, donneur de leçons, jaloux et sous l’influence maléfique de l’affreux dès lors que je m’intéressais aussi au linge sale de ses adversaires.
On est en fait face à un problème de poule et d’œuf : tant que la classe politique éloigne et dégoûte les citoyens de la chose publique, il est difficile de trouver autre chose que des gens engagés politiquement pour améliorer les choses. Or pour y parvenir, il faudrait justement des citoyens qui n’ont pas d’ambition, pas de loyauté politique et pas de comptes personnels à régler. Non pas parce qu’ils valent mieux que les politiques, mais parce qu’ils ne sont pas dans la même situation, le même contexte qu’eux.
Pour l’heure M. Pietrasanta a simplement restauré la primauté de la classe politique sur un élu original qui a eu le front de vouloir s’en affranchir. C’est ce qu’il résumait très bien dans les derniers jours de campagne, qualifiant son adversaire d’homme “brillant mais qui incarne l’absence de débat et de respect”. Le conseil municipal, théâtre où la classe politique se produit, est donc redevenu le centre apparent de la vie publique. Mais si les faux-débats qui s’y déroulent persistent, ils inspireront rapidement tout autre chose que du respect. Pour l’éviter, il faudrait qu’émergent des contre-pouvoirs constructifs, en créant les conditions propices à leur formation.
La voie suivie par le site du ministère du Budget est prometteuse : en donnant accès à des éléments relativement détaillés de la comptabilité des communes, elle permet à chacun de constater à quel point M. Pietrasanta désinforme, biaise et maîtrise mal son sujet. La simple diffusion des conseils municipaux ou l’augmentation de leur fréquence ne permettra pas, en général, de démasquer ce genre de comportements et donc à terme de les éviter. Pour que le champ des petits jeux politiciens se réduise, il faut que chacun dispose de la même information que les élus.
Jusqu’ici, l’accès à l’information administrative se fait sur demande. Outre les nombreux filtres qui peuvent être mis en place pour décourager voire empêcher ces démarches, il est évident qu’on ne peut demander que ce dont on connaît l’existence. En pratique, ce droit n’est donc ouvert qu’à quelques initiés. Le citoyen “de base” n’en usera généralement qu’en cas de problème spécifique avec une administration.
L’exemple donné par le ministère permet toutefois d’envisager une approche “proactive” où l’essentiel de l’information administrative est publique, sans demande préalable. Sur la question du budget toujours, M. Pietrasanta dispose de quantités de documents qui seraient du plus grand intérêt. M. Aeschlimann en a d’ailleurs cité un certain nombre dans sa réponse à la chambre régionale des comptes. Si l’on en croit les extraits fournis, ils battent en brèche l’affirmation de campagne selon laquelle tous les experts jugent la situation financière de la ville préoccupante. Leur publication éviterait également que la nouvelle équipe ne soit tentée de s’attribuer des mérites qui reviennent à sa devancière, en publiant par exemple les versions 2008 ou 2009 de ces documents, mais pas 2006 ou 2007.
Cette désintermédiation permise par le net, où pour être informé le citoyen cesse progressivement de dépendre de ses représentants, majorité ou opposition, ou de quelques journalistes, est parfois vue comme la disparition pure et simple des intermédiaires. A mon sens elle entraînera au mieux leur remplacement au profit de nouveaux types, plus transparents et efficaces, en tout cas au départ.
M. Aeschlimann peut à l’évidence être classé dans la catégorie des anciens intermédiaires, dont les tentatives de contrôle de l’information ont été perturbées par le net. En temps que sortant, je pense depuis longtemps qu’il n’avait pas d’autre choix. Ce qui est visiblement moins évident aux yeux de certains, c’est que son successeur a beau être jeune, il constitue pour l’heure une régression vers une orthodoxie dépassée. Son blog, son parcours, ses interventions en conseil et sa campagne le suggéraient, ses premiers pas aux responsabilités en apportent les premières confirmations.
Avec ce type de représentant, le débat ne porte pas sur les grands choix à faire, avec les diverses options disponibles, leurs avantages et leurs inconvénients, mais sur des conflits nombrilistes où chacun s’accuse mutuellement de divers crimes. Dans le cas d’Asnières, on présente par exemple comme de l’incompétence et de l’immoralité la dette, l’absence de hausse des tarifs municipaux et les associations qui gagnent de l’argent. Pourtant :
- L’endettement revient à faire payer aux nouveaux habitants d’une ville le coût des investissements qu’ils nécessitent, alors que le relèvement des impôts revient à demander aux anciens de payer pour les nouveaux. D’un autre côté, la dette peut être vue comme un mécanisme anti-redistributif, puisque ce sont les “riches” et leurs héritiers qui prêtent et perçoivent ensuite les intérêts.
- La hausse des tarifs municipaux est a priori plus inégalitaire qu’une hausse d’impôt équivalente.
- La vigueur de la vie associative dépend du niveau d’interventionnisme public. S’il est fort, elle sera faible, et inversement. Nul doute que les asniérois ont intrinsèquement de grandes qualités, mais le foisonnement associatif qui caractérise cette ville est aussi lié à sa politique de modération fiscale. Augmenter le budget municipal, c’est donner in fine plus de pouvoir au maire et à la classe politique, aux dépens de la société civile.
On n’arbitre pas entre l’impôt et la dette, entre l’impôt et la hausse des tarifs municipaux, entre un périmètre municipal modéré au profit de la société civile ou l’inverse, on occulte les choix par des anathèmes. L’électeur se retrouve à trancher les querelles personnelles et artificielles de sa classe politique qui l’écarte ainsi, à son insu, des grandes décisions qui le concernent réellement.
Sur le même sujet :
- La prise de pouvoir de l’activiste, 27 décembre 2005, un mois avant le début de mon intérêt pour Asnières.
- Réponse à “Maude Kracy”, 27 février 2008. Ce courageux anonyme avait écrit divers mails à quelques autorités de notre belle République (préfet, président de la Cour des Comptes etc.) durant la campagne électorale. Comme j’étais cité à chaque fois, j’ai jugé bon de lui répondre. Curieusement, je n’ai plus eu de nouvelles ensuite.
- Réaction à la candidature Pietrasanta, 6 septembre 2007.
A lire/voir ailleurs :
- Contribution de Maximilien, forum asnierois.org, fil “Cafouillages à l’Hotel de Ville !!!”.
- Union pour Asnières : Le site de la liste d’opposition.
- Allocution de Jean-Yves Bertucci, président de la C.R.C. d’Île-de-France, Audience solennelle de rentrée, 21 avril 2008.
Extrait : “Afin qu’il soit plus explicite, nous avons décidé qu’à partir de cette année, un encadré, inséré en tête des rapports d’observations de la Chambre, le présenterait de manière synthétique. Ces rapports comptent en effet parfois plusieurs dizaines de pages et sont écrits dans un langage assez technique. Il importe donc de souligner les points forts du message de la Juridiction. Je précise que cette synthèse fera partie intégrante du rapport et pourra donc être discutée par les représentants de l’organisme contrôlé au cours de la procédure.”
Cette initiative devrait réduire un peu les interprétations intéressées qui font dire à la chambre ce qu’elle n’a jamais pensé.
MAJ 28/5
Suite à la publication de cette note, les modérateurs d’asnierois.org tripatouillent leur forum.
________- J’utilise la base de tous les comptes du ministère du Budget, ce qui est indispensable pour que les comparaisons aient un sens, à savoir 76 314 habitants [↑]

MAJ de la note
Suite à la publication de cette note, les modérateurs d’asnierois.org tripatouillent leur forum.
MAJ : correction du lien vers la réponse à “Maude Kracy”