Lors du Conseil municipal du 23 octobre, le nouveau maire d’Asnières Sébastien Pietrasanta regrette certaines de ses moqueries passées :
M. Pietrasanta est maire depuis mars. En juin, il annonçait, en compagnie de son adjointe aux finances, la renégociation d’environ 23% de la dette afin d’“économiser” 400.000 euros :
Il se félicitait alors de cette gestion “active et dynamique” de la dette.
Les produits structurés, qualifiés de “toxiques”, font l’actualité en septembre ou, pour ceux qui suivent ces questions de près, lors de la publication d’une note de Fitch en juillet1.
Haro donc sur les produits structurés en octobre :
Récapitulons. En juin, les mêmes ont renégocié avec Dexia la baisse du taux d’intérêt d’environ 23% de la dette. En octobre, les mêmes s’indignent que la dette soit infestée de produits structurés, “toxiques”. On est en droit d’espérer que les mêmes les ont éliminés de la tranche qu’ils ont renégociée avec Dexia en juin.
Il n’en est rien puisque l’adjointe aux finances explique, en octobre :
Ce qui est grave avec cet emprunt de 182 millions [la totalité de la dette de la ville], c’est que seulement 7,4 millions sont sur véritablement du taux fixe.
Au vu du taux obtenu lors de la renégociation, dans un contexte déjà défavorable à l’époque, les mauvais esprits soupçonneront même la nouvelle municipalité d’avoir opté pour des produits structurés plus risqués, donc plus “toxiques”
Par ailleurs, comme M. Pietrasanta l’a souvent rappelé, son adjointe aux finances était précédemment directrice générale des services de la ville de Clichy. Qui a renégocié en 2006 près de 23 millions d’euros dont le taux varie en fonction du franc suisse ? La ville de Clichy, évidemment.
La science avance : la toxicité des produits structurés dépend de celui qui a signé le contrat.
MAJ 31/10
Lu sur Localtis :
“La crise financière, aujourd’hui c’est la crise bancaire, ce n’est pas la crise des collectivités locales, dont la situation financière est satisfaisante.” Jean-Christophe Moraud, sous-directeur des finances locales à la Direction générale des collectivités locales (DGCL), veut tordre le cou aux fausses vérités entendues ou lues ces derniers temps.
(…)
Le fonctionnaire a regretté la mise en cause des produits structurés devenus sous la plume de certains journalistes des “produits toxiques”. “Comme si les collectivités locales s’étaient adonnées aux délices des subprimes !”, s’est-il étonné. “Avec les produits structurés, il n’y a pas de risque, si ce n’est un renchérissement des prix”, a-t-il ajouté avant de s’en prendre aux élus qui, ayant souscrit ce type de crédits, “omettent de dire que durant les premières années, ils ont eu des gains de l’ordre de 100 à 120 points de base, et mettent aujourd’hui en avant le risque qu’il y aurait pour l’avenir”. Les élus présents à la table-ronde ont d’ailleurs reconnu que leurs collectivités avaient effectivement tiré parti des taux avantageux procurés en début de période par les produits structurés.
(…)
Dans le même esprit, Philippe Laurent, vice-président de l’Association des maires de France, a déclaré qu’il fallait “prendre bien garde à l’amalgame” qui a été fait entre la situation des collectivités locales et celle des établissements bancaires. Les 5 milliards promis lundi par le gouvernement ne sont pas destinés “à sauver les collectivités de la faillite”, a-t-il indiqué. “Le seul risque” de la crise financière, c’est que le crédit “coûte plus cher” aux collectivités, a-t-il déclaré, en ajoutant d’ailleurs qu’il n’était “pas certain que cela dure”.
MAJ 8/11
Lu sur Localtis, “Vous avez dit… une gestion active de la dette ?” :
Christophe Parisot, responsable de l’équipe analyse à FitchRatings, se déclare favorable à un dipositif d’évaluation prudentielle sur les produits structurés comparable à celui qui s’impose aux sociétés privées. Quant à la question du coût des crédits bancaires, le directeur senior de l’agence de notation admet que le marché connaît une bouffée d’oxygène depuis quelques jours.
“La situation de la collectivité est différente suivant que l’emprunteur se trouve ou non dans la période où la barrière est activée, avec, dans ce cas un effet multiplicateur du risque. De plus, le risque de ces produits doit être évalué en fonction de la stratégie de la collectivité qui l’a ou non anticipé par des provisions (rares, car non obligatoires) ou qui a ou non des marges de manoeuvre fiscale pour se retourner. Je dirais globalement que les grandes collectivités sont moins exposées que les petites communes.”
Ces propos ne sont que la redite de la note de Fitch de juillet, ce qui donne la mesure de l’emballement médiatique et de l’exploitation politique qui a suivi2 :
Contrairement à la comptabilité d’entreprises, les normes de la comptabilité publique n’ont pas évolué dans le sens d’une meilleure maîtrise de ces nouveaux produits. Les collectivités n’ont ainsi ni l’obligation d’évaluer le coût global des produits structurés ni celle de réaliser des provisions pour les pertes latentes qui pourraient en résulter.
En d’autres termes, l’analyste recommande que la gestion active soit accompagnée de ce que la nouvelle équipe a tant vilipendé : une “cagnotte”.
________- Signalée dans mon linkblog à partir du 18 juillet [↑]
- Au delà d’Asnières, Claude Bartolone, nouveau président du Conseil général de Seine-Saint-Denis, était particulièrement en pointe [↑]


MAJ de la note :
Lu sur Localtis :
Très bonne analyse. La tentation est grande en effet, pour certains individus peu scrupuleux, d’amalgamer les effets collatéraux de la crise avec leur propre incurie pour s’exonérer de rendre des comptes ou le faire à faible coût. Ce qui n’est ni transparent ni responsable, ni surtout prévoyant, car ce genre de petit calcul à courte vue se retourne toujours contre ses auteurs. Merci pour vos éclairages.
mido :
M. Pietrasanta s’enferre dans son refus électoraliste de choisir entre la hausse d’impôt, la baisse de l’investissement ou reconnaître que globalement, au vu des contraintes, la gestion financière de l’équipe précédente était plutôt bonne.
comme il joue en outre la carte de la morale, il lui est difficile d’admettre, tel une certaine candidate quelques jours après sa défaite, qu’il ne croyait pas à son programme.
comme détaillé ici, ce serait pourtant la meilleure solution, car en attendant il prend des décisions politiciennes très contestables sur le plan de l’intérêt général. utilisation de la “cagnotte” en fin de cycle de croissance économique pour prétendre que la dette est stabilisée, alors que l’expérience douloureuse de la ville à la fin des années 90 plaidait précisément pour l’inverse, renégociation d’un quart de la dette pour prétendre à des “économies”, sans prise en compte de l’évaluation préexistante des risques etc.
sans doute espère-t-il que l’”audit” et la “crise” permettront de maquiller les choses. ce qui marche dans l’opposition est effectivement nettement plus périlleux au pouvoir.
MAJ de la note :
Lu sur Localtis, “Vous avez dit… une gestion active de la dette ?” :
Ces propos ne sont que la redite de la note de Fitch de juillet, ce qui donne la mesure de l’emballement médiatique et de l’exploitation politique qui a suivi (au delà d’Asnières, Claude Bartolone, nouveau président du Conseil général de Seine-Saint-Denis, était particulièrement en pointe) :
En d’autres termes, l’analyste recommande que la gestion active soit accompagnée de ce que la nouvelle équipe a tant vilipendé : une “cagnotte”.