L’effet chambre d’écho est défini comme suit dans la version en anglais de wikipedia :
Comme métaphore, l’expression “chambre d’écho” fait référence à toute situation dans laquelle l’information ou les idées sont amplifiées par transmission dans un espace clos.
Par exemple, les observateurs du journalisme dans les média de masse repèrent des effets de chambre d’écho dans le discours médiatique. Une source est à l’origine d’une affirmation que ceux qui partagent le même mode de pensée répètent, entendent, puis répètent à nouveau (souvent de façon exagérée ou déformée) jusqu’à ce qu’une version extrême se généralise.
Cette condition étant réunie dans les communautés online, les participants peuvent constamment se voir retourner leur opinion en écho, ce qui renforce un certain sentiment de véracité qui entre en raisonnance avec leur système de croyance personnel. Cela peut rendre difficile le discours critique dans un média online. (…) Un autre terme émergent pour décrire cet effet d’écho et d’homogénéisation au sein des communautés sociales du net est le “tribalisme culturel”.
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On peut remarquer que dans les médias de masse, forcément rares, cet effet oblige les communicants à faire du spin, c’est-à-dire à introduire des éléments dans le discours pour orienter la version qui se généralisera. A défaut, ils perdent tout contrôle de leur histoire.
Normalement, cet effet est confronté à l’enquête, aux débats et conflits au sein des rédactions. L’extension à l’ensemble du discours médiatique s’évite en principe par le pluralisme.
En France, on relève généralement deux problèmes, montés en épingle. A gauche on pense généralement que les concentrations capitalistiques et les “amitiés” constituent un moyen de contrôle de l’opinion. Inversement, à droite, mais aussi ailleurs, on relève les versions qui s’imposent du fait de la trop forte homogénéité des journalistes1.
Si l’accès aux médias est bien entendu crucial, les considérer comme des instruments de contrôle des masses est une vision sommaire. Le peu charismatique Prodi a battu deux fois Berlusconi, à la tête pourtant du gros de l’édition et des chaînes de télé d’Italie. Le matraquage favorable n’a pas convaincu les Français de voter pour le traité constitutionnel européen.
L’influence n’est pas à sens unique, il y a un rapport symbiotique avec l’audience, ne serait-ce que sur la base des études de marché qui structurent les médias eux-mêmes2. Chomsky y voit d’ailleurs un mécanisme pour fabriquer du consentement à l’idéologie dominante : comment contester ce que le peuple demande “objectivement” lui-même ? McLuhan, pour sa part, considérait le capitalisme comme un produit de l’invention de l’imprimerie, c’est-à-dire que la distinction entre l’”idéologie” et son support est assez vaine.
Il est regrettable qu’on analyse rarement les aspects économiques et culturels. Le fact checking et les enquêtes à plusieurs coûtent cher et ne boostent pas les ventes à court et moyen terme, à l’inverse du sensationnel et du polémique, par exemple.
Au delà des dégâts personnels, les dysfonctionnements médiatiques ont surtout un coût, payé par le pays : l’information est de mauvaise qualité, les décisions prises par les acteurs sociaux sont peu adaptées aux réalités, donc médiocres.
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Sur le net, l’effet se greffe à la psychologie de groupe :
- Un groupe a une identité propre, disjointe de ses membres.
- Il est impossible de déterminer si cette identité est coordonnée ou pas.
- Cette identité assure sa cohésion, même au détriment de ses membres.
- L’un des ressorts de cohésion est l’identification d’ennemis, réels ou imaginaires. Les groupes gravitent souvent autour des membres les plus paranoïaques, dont ils font les chefs. Ce sont les plus à même d’identifier les ennemis extérieurs.
- Un autre ressort de cohésion est la vénération religieuse, dans le sens où quelque chose a été défini comme ne pouvant souffrir la critique.
On peut distinguer les sites qui laissent cette alchimie se développer de ceux qui tentent au contraire de l’atténuer.
1er type, dans la lignée du grand ancêtre Slashdot, Agoravox par exemple :
- La contribution initiale est suivie de commentaires notés. Au delà d’un seuil d’impopularité, ils disparaissent de la présentation standard de l’article.
- Le rédacteur aura progressivement ses lecteurs qui pensent comme lui, qui élimineront les commentateurs qui leur déplaisent.
- Les commentateurs restants renverront vers des sources qui confirment et amplifient. Certains rédigeront des articles.
- Les rédacteurs émérites deviendront membres du comité chargé de valider ces nouveaux articles.
- Chacun ira les lire, les commenter et les acquiescer.
- A force d’itérations, les aspects caricaturaux de cette présentation des choses s’estompent pour aboutir à divers groupes auto-formés, très soudés, sans coordination. On pourrait y voir le graal du marketing : les segments et niches se définissent, s’identifient et se recensent d’eux-mêmes.
2e type, Rue 89 par exemple. Deux éléments tentent d’enrayer ces mécanismes :
- Le principe de l’information à 3 voix : journaliste, internaute, expert. Malheureusement, les experts se font rares et les journalistes sont soumis aux problèmes évoqués précédemment.
- Un commentaire mal noté peut se retrouver mis en avant. Mais les votants finiront par comprendre comment l’éviter.
Là où dans les médias de masse on considère que le gros des pressions3 vient en amont (actionnaire, hiérarchie, annonceurs, sources, collègues, confrères, amitiés…), dans les médias online, elles viennent en aval, de ces groupes qui se coagulent par affinité.
Une information de qualité ne s’obtient que si l’on repère et gère les influences. Quand Daniel Schneidermann qualifie les forumeurs d’Arrêt sur images de pressionnautes, alors même que certains menacent de lui couper les vivres en se désabonnant, il tend vers le bon journalisme. La question difficile d’origine “Peut-on critiquer la télévision à la télévision ?” évolue vers “Peut-on critiquer le net sur le net ?”.
Quelle est la part de pressionnautes sur l’audience totale ? Dans le cas de Rue89, média participatif par excellence, sur une audience évaluée par Nielsen à 600.000 visiteurs mensuels4 seules 45.000 personnes disposent d’un compte, préalable à tout vote ou commentaire 15.000 personnes commentent. 10% de ces riverains, soit 4.500 personnes soit 1.500 personnes, postent 80% des commentaires5. C’est moins de 0,3% de l’audience du site. On retrouve ce rapport ailleurs : un article dépasse rarement les 100 votes, pour en général au moins 10.000 visites…
________- Nicolas Sarkozy en off : “les journalistes (…) c’est sociologique, chez vous : vous êtes 2/3 de gauche, pour 1/3 de droite.” [↑]
- What Drives Media Slant? Evidence from U.S. Daily Newspapers, Matthew Gentzkow, Jesse M. Shapiro, University of Chicago and NBER [↑]
- Pour être efficaces, elles doivent plutôt prendre la forme d’influences [↑]
- Ce chiffre semble enflé : la comparaison sur Google Trends montre que lemonde.fr a une audience 10 fois supérieure à Rue89. L’OJD certifie une audience de 38 millions de visites mensuelles pour lemonde.fr, soit certainement pas plus de 4 millions de visiteurs uniques. [ MAJ 24/8 : Nielsen évalue lemonde.fr à un peu moins de 3 millions de visiteurs uniques par mois. Soit la fréquence de visite sur rue89 est plus faible, soit son audience surévaluée, soit Google Trends sous-évalue rue89. Je ne détaillerai pas, mais je pense au contraire que Google Trends, du fait de la méthode utilisée, surévalue ce genre de site.] [↑]
- Riverains de Rue89, qui êtes-vous? Correction 4/9 : l’échantillon considéré porte plus vraisembablement sur les riverains qui ont commenté au moins une fois que sur ceux qui ont un compte [↑]


MAJ de la note :
Nielsen évalue lemonde.fr à un peu moins de 3 millions de visiteurs uniques par mois. Soit la fréquence de visite sur rue89 est plus faible, soit son audience surévaluée, soit Google Trends sous-évalue rue89. Je ne détaillerai pas, mais je pense au contraire que Google Trends, du fait de la méthode utilisée, surévalue ce genre de site.