“Augmentation relativement forte des impôts”

Avertissement : depuis ma dernière note, j’ai eu l’occasion de faire la connaissance de Mme Aeschlimann, MM. Aeschlimann, Cellupica etc. On est évidemment bien loin de ce qu’en disent leurs trolls. Je verrai de même avec plaisir tous ceux qui ont souhaité me rencontrer dans le passé, en particulier Jid.

Lors du dernier conseil municipal, M. Pietrasanta, le nouveau maire d’Asnières, avait une bien mauvaise nouvelle à annoncer : une “augmentation relativement forte des impôts de la ville” (Le Parisien).

Pour qui avait lu Le “bilan de mandature passé au tamis”, il y a un an, ou bien mon commentaire sur le blog de M. Pietrasanta lors de sa déclaration de candidature, il y a un an et demi, cette annonce était désespérément prévisible.

Petit extrait :

il faudra donc soit :
(…)
- ne rien dire avant et augmenter les impôts ensuite, par exemple en s’appuyant sur l’audit “catastrophique” de la période aeschlimann. c’est ainsi que l’on procède en France depuis que je suis né. mais je crois que vous parlez aussi quelque part d’éthique
- manger son chapeau et dire que finalement, au vu des contraintes et à quelques priorités près, la politique financière suivie n’est pas si mauvaise que ça.

M. Pietrasanta a même été plus loin, comme en témoigne cet extrait d’un clip “didactique” diffusé pendant la campagne, où l’actuel adjoint à la communication expliquait au bon peuple que le marketing de la peur, c’est déloyal :

* * *

Les postures moralisatrices qui caractérisent cette équipe empêchent précisément le pragmatisme dont elle voudrait également se parer.

En pleine crise économique grave, alors que tous les États de la planète tentent de trouver la bonne formule pour relancer l’activité, de vrais pragmatiques reporteraient à des jours meilleurs leur augmentation “relative”  mais “forte” d’impôts.

Malheureusement pour les asniérois, leurs édiles clament depuis des années que la ville est au bord du précipice, que le préfet fourbit ses armes pour la mettre sous tutelle, qu’à la dixième génération il faudra encore payer les dettes d’aujourd’hui. Pas du tout du marketing de la peur, tout ça.

Difficile, ensuite, d’opter pour une bien meilleure option actuellement, quelles que soient ses préférences dans l’absolu : l’emprunt. D’autant que le bon vieux coup de l’audit couplé à l’augmentation d’impôts se pratique en début de mandat. Il ne faudrait pas que l’électeur s’en souvienne trop lors de son prochain passage aux urnes.

Hérésies, à ne pas lire :

MAJ 29/12

Sur le même sujet :

La saine colère de Sébastien Pietrasanta

On savait que M. Pietrasanta gérait sa ville de façon ératique.

  • Premier budget, on vide les caisses, en dénonçant le fait qu’elles sont pleines.
  • Deuxième budget, on augmente les impôts, en dénonçant le fait que les caisses sont vides.

Cette contradiction, à même pas un an d’intervalle, devrait l’inciter à remiser sa logorrhée démagogique. Au lieu de cela, notre homme croit avoir trouvé une issue : dénoncer le poujadisme, oubliant que c’est sur ce lit que fut engrossé le “Grand Rassemblement”.

M. Pietrasanta s’élève contre une nouvelle loi : le délit d’amitié. Bourdonne encore à nos oreilles la complainte de Serge Danlos, qui s’élevait contre ce même délit, lorsqu’il concernait son amitié avec Nicolas Sarkozy. Et que dire de l’amitié de Manuel Aeschlimann pour ce dernier et d’autres ? On n’a jamais entendu M. Pietrasanta s’élever alors, en invoquant par exemple le souvenir de Beregovoy.

M. Pietrasanta n’aime pas le bling-bling. Très bien, moi non plus. Mais il était très léger de le dénoncer, quand son mentor en politique s’achette et revend des montres de plusieurs dizaines de smics, pour reprendre la rhétorique démagogique habituelle.

M’étant régulièrement opposé, ici et ailleurs, aux atteintes à la présomption d’innocence, aux amalgames, à l’utilisation des affaires judiciaires à des fins politiques, aux emballements médiatiques, et à ceux qui voudraient que l’on confie les affaires publiques à des moines qu’on nourrit au pain et à l’eau, je suis également d’avis d’attendre que la justice se prononce.

M. Pietrasanta se réveille maintenant qu’il en est la victime. C’est trop tard. Ça ne masquera pas l’écart entre les discours et les pratiques, entre les promesses et les actes. C’est dans l’opposition qu’il fallait faire de la pédagogie et travailler son projet, pour ne pas s’enfermer ensuite dans l’illusionnisme et le reniement de ses soutiens.

Cet écart se transforme d’ailleurs, comme souvent à Asnières, en farce. Voici que M. Pietrasanta, tout à sa colère, écrit :

Le verbiage anonyme n’a jamais été ma tasse de thé

Il est donc plus que temps, maintenant qu’il est maire et que ça ne lui est plus utile, que M. Pietrasanta pense à retirer de sa liste de liens deux sites pratiquant le verbiage anonyme, dont le fameux asnierois.org, dont il nous expliquait il y a peu qu’il était excellent.

Puisque la période est propice aux voeux, souhaitons que M. Pietrasanta devienne en 2009 un édile sage, compétent et cohérent, qui n’a pas constamment besoin de se défausser sur son prédécesseur.

Nouvelle population légale d’Asnières : 83.044 habitants

Depuis le 1er janvier, la population municipale légale d’Asnières est de 82.351 habitants1.

C’est une augmentation de 8,6% par rapport à la précédente population municipale légale, datant de 1999.

A l’avenir, ce chiffre sera révisé chaque année.

A titre de comparaison, l’augmentation de population municipale légale est de 7,5% pour les Hauts-de-Seine et de 5% pour la France métropolitaine.

Comme d’habitude, on est loin des fantasmes entretenus sur le sujet.

Du point de vue des comptes de la ville, il y a diverses conséquences intéressantes (liste non exhaustive).

  1. La dette par habitant s’”allège” de près de 200€ : elle passe de 2.383€/hab à 2.190€/hab. Naturellement, les moyennes utilisées dans les comparaisons subiront également une baisse, mais moins prononcée.
  2. La stabilité en volume des dépenses de fonctionnement sur la période 2001 à 2007 est encore plus remarquable : en prenant en compte la croissance de la population, il s’agit en fait d’une baisse.
  3. Les dotations de l’État sont calculées sur la base de la population légale. Elles vont donc être réajustées favorablement. De plus, elles suivront désormais la démographie tout au long du mandat.

Voir aussi :

________
  1. Insee, Populations légales. Contrairement à la population municipale, la population légale totale inclut notamment des personnes dont la résidence habituelle est située dans une autre commune mais qui ont conservé une résidence sur le territoire de la commune. []

Bruno de Beauregard condamné pour diffamation de Francis Pourbagher

Sur le blog de Bruno, M. Pourbagher a obtenu la publication de ce qui suit :

“Par jugement en date du 18 novembre 2008, le tribunal correctionnel de Paris, chambre de la presse, a condamné Bruno de David-Beauregard pour avoir publiquement diffamé francis pourbagher, ancien directeur du cabinet du maire d’Asnières-sur-Seine, en mettant en ligne sur le site http://debeauregard.typepad.com, le 16 février 2006, un article intitulé “Petite illustration de la théorie du chaos – La tempête aux antipodes”, le mettant en cause.”

Annoncée également lors du dernier conseil municipal par M. Aeschlimann.

M.Pourbagher n’est cité qu’une fois dans le texte. Les propos condamnés sont donc forcément les suivants :

Le 3 janvier 2006, Francis Pourbagher, directeur de cabinet de Manuel Aeschlimann, me couvre publiquement d’insultes, revendique la destruction de Mayetic grâce aux RG et à la DST, me conseille de quitter la ville et me demande de transmettre des menaces de mort à l’avocat de la famille Elahi.

Faute de copie de travail du jugement disponible en ligne, je n’ai pas de certitude, mais il s’agit très vraisemblablement de l’une des deux affaires pour lesquelles j’ai été entendu par la police.

En ce qui me concerne, il s’agissait de l’évocation de la main courante de M. de Beauregard, qui faisait dire à M. Pourbagher :

“de toute façon tu es foutu, je t’ai détruit, tu vas voir ce que les RG et la DST vont te faire, tu vas voir ce qui t’attends et ce que l’on te prépare”.

Voici ce qu’indique wikipédia concernant les mains courantes :

L’inconvénient de la main courante est qu’elle ne rassemble jamais que les affirmations d’une personne et n’a aucune valeur légale.

Ainsi, faire consigner des faits inexacts, voire faux, dans une main courante n’entraîne aucune sanction pour la personne qui le fait.

Visiblement les mains courantes n’entraînent aucune sanction, mais leur reprise en public, si.

Référence : L’État de droit et les blogueurs face la manipulation

Comment évaluer la toxicité des produits structurés ?

Lors du Conseil municipal du 23 octobre, le nouveau maire d’Asnières Sébastien Pietrasanta regrette certaines de ses moqueries passées :

M. Pietrasanta est maire depuis mars. En juin, il annonçait, en compagnie de son adjointe aux finances, la renégociation d’environ 23% de la dette afin d’“économiser” 400.000 euros :

Il se félicitait alors de cette gestion “active et dynamique” de la dette.

Les produits structurés, qualifiés de “toxiques”, font l’actualité en septembre ou, pour ceux qui suivent ces questions de près, lors de la publication d’une note de Fitch en juillet1.

Haro donc sur les produits structurés en octobre :

Récapitulons. En juin, les mêmes ont renégocié avec Dexia la baisse du taux d’intérêt d’environ 23% de la dette. En octobre, les mêmes s’indignent que la dette soit infestée de produits structurés, “toxiques”. On est en droit d’espérer que les mêmes les ont éliminés de la tranche qu’ils ont renégociée avec Dexia en juin.

Il n’en est rien puisque l’adjointe aux finances explique, en octobre :

Ce qui est grave avec cet emprunt de 182 millions [la totalité de la dette de la ville], c’est que seulement 7,4 millions sont sur véritablement du taux fixe.

Au vu du taux obtenu lors de la renégociation, dans un contexte déjà défavorable à l’époque, les mauvais esprits soupçonneront même la nouvelle municipalité d’avoir opté pour des produits structurés plus risqués, donc plus “toxiques” :-D

Par ailleurs, comme M. Pietrasanta l’a souvent rappelé, son adjointe aux finances était précédemment directrice générale des services de la ville de Clichy. Qui a renégocié en 2006 près de 23 millions d’euros dont le taux varie en fonction du franc suisse ? La ville de Clichy, évidemment.

La science avance : la toxicité des produits structurés dépend de celui qui a signé le contrat.

MAJ 31/10

Lu sur Localtis :

“La crise financière, aujourd’hui c’est la crise bancaire, ce n’est pas la crise des collectivités locales, dont la situation financière est satisfaisante.” Jean-Christophe Moraud, sous-directeur des finances locales à la Direction générale des collectivités locales (DGCL), veut tordre le cou aux fausses vérités entendues ou lues ces derniers temps.

(…)

Le fonctionnaire a regretté la mise en cause des produits structurés devenus sous la plume de certains journalistes des “produits toxiques”. “Comme si les collectivités locales s’étaient adonnées aux délices des subprimes !”, s’est-il étonné. “Avec les produits structurés, il n’y a pas de risque, si ce n’est un renchérissement des prix”, a-t-il ajouté avant de s’en prendre aux élus qui, ayant souscrit ce type de crédits, “omettent de dire que durant les premières années, ils ont eu des gains de l’ordre de 100 à 120 points de base, et mettent aujourd’hui en avant le risque qu’il y aurait pour l’avenir”. Les élus présents à la table-ronde ont d’ailleurs reconnu que leurs collectivités avaient effectivement tiré parti des taux avantageux procurés en début de période par les produits structurés.

(…)

Dans le même esprit, Philippe Laurent, vice-président de l’Association des maires de France, a déclaré qu’il fallait “prendre bien garde à l’amalgame” qui a été fait entre la situation des collectivités locales et celle des établissements bancaires. Les 5 milliards promis lundi par le gouvernement ne sont pas destinés “à sauver les collectivités de la faillite”, a-t-il indiqué. “Le seul risque” de la crise financière, c’est que le crédit “coûte plus cher” aux collectivités, a-t-il déclaré, en ajoutant d’ailleurs qu’il n’était “pas certain que cela dure”.

MAJ 8/11

Lu sur Localtis, “Vous avez dit… une gestion active de la dette ?” :

Christophe Parisot, responsable de l’équipe analyse à FitchRatings, se déclare favorable à un dipositif d’évaluation prudentielle sur les produits structurés comparable à celui qui s’impose aux sociétés privées. Quant à la question du coût des crédits bancaires, le directeur senior de l’agence de notation admet que le marché connaît une bouffée d’oxygène depuis quelques jours.

“La situation de la collectivité est différente suivant que l’emprunteur se trouve ou non dans la période où la barrière est activée, avec, dans ce cas un effet multiplicateur du risque. De plus, le risque de ces produits doit être évalué en fonction de la stratégie de la collectivité qui l’a ou non anticipé par des provisions (rares, car non obligatoires) ou qui a ou non des marges de manoeuvre fiscale pour se retourner. Je dirais globalement que les grandes collectivités sont moins exposées que les petites communes.”

Ces propos ne sont que la redite de la note de Fitch de juillet, ce qui donne la mesure de l’emballement médiatique et de l’exploitation politique qui a suivi2 :

Contrairement à la comptabilité d’entreprises, les normes de la comptabilité publique n’ont pas évolué dans le sens d’une meilleure maîtrise de ces nouveaux produits. Les collectivités n’ont ainsi ni l’obligation d’évaluer le coût global des produits structurés ni celle de réaliser des provisions pour les pertes latentes qui pourraient en résulter.

En d’autres termes, l’analyste recommande que la gestion active soit accompagnée de ce que la nouvelle équipe a tant vilipendé : une “cagnotte”.

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  1. Signalée dans mon linkblog à partir du 18 juillet []
  2. Au delà d’Asnières, Claude Bartolone, nouveau président du Conseil général de Seine-Saint-Denis, était particulièrement en pointe []

La plainte Elahi contre Canal+ renvoyée à l’instruction

Le 2 septembre 2008, concernant la plainte en diffamation de la fondation Elahi et de M. Bahram Elahi contre Canal +, la Cour de Cassation a annulé l’arrêt de la chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Paris du 22 mai 2007 et renvoyé le dossier à l’instruction.

Source :

Référence : L’État de droit et les blogueurs face la manipulation

RIP Mr. Wright

And I am not frightened of dying. Any time will do; I don’t mind.
Why should I be frightened of dying? There’s no reason for it—you’ve gotta go sometime.

I never said I was frightened of dying.

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Pourquoi le net fait des bulles ?

L’effet chambre d’écho est défini comme suit dans la version en anglais de wikipedia :

Comme métaphore, l’expression “chambre d’écho” fait référence à toute situation dans laquelle l’information ou les idées sont amplifiées par transmission dans un espace clos.

Par exemple, les observateurs du journalisme dans les média de masse repèrent des effets de chambre d’écho dans le discours médiatique. Une source est à l’origine d’une affirmation que ceux qui partagent le même mode de pensée répètent, entendent, puis répètent à nouveau (souvent de façon exagérée ou déformée) jusqu’à ce qu’une version extrême se généralise.

Cette condition étant réunie dans les communautés online, les participants peuvent constamment se voir retourner leur opinion en écho, ce qui renforce un certain sentiment de véracité qui entre en raisonnance avec leur système de croyance personnel. Cela peut rendre difficile le discours critique dans un média online. (…) Un autre terme émergent pour décrire cet effet d’écho et d’homogénéisation au sein des communautés sociales du net est le “tribalisme culturel”.

***

On peut remarquer que dans les médias de masse, forcément rares, cet effet oblige les communicants à faire du spin, c’est-à-dire à introduire des éléments dans le discours pour orienter la version qui se généralisera. A défaut, ils perdent tout contrôle de leur histoire.

Normalement, cet effet est confronté à l’enquête, aux débats et conflits au sein des rédactions. L’extension à l’ensemble du discours médiatique s’évite en principe par le pluralisme.

En France, on relève généralement deux problèmes, montés en épingle. A gauche on pense généralement que les concentrations capitalistiques et les “amitiés” constituent un moyen de contrôle de l’opinion. Inversement, à droite, mais aussi ailleurs, on relève les versions qui s’imposent du fait de la trop forte homogénéité des journalistes1.

Si l’accès aux médias est bien entendu crucial, les considérer comme des instruments de contrôle des masses est une vision sommaire. Le peu charismatique Prodi a battu deux fois Berlusconi, à la tête pourtant du gros de l’édition et des chaînes de télé d’Italie. Le matraquage favorable n’a pas convaincu les Français de voter pour le traité constitutionnel européen.

L’influence n’est pas à sens unique, il y a un rapport symbiotique avec l’audience, ne serait-ce que sur la base des études de marché qui structurent les médias eux-mêmes2. Chomsky y voit d’ailleurs un mécanisme pour fabriquer du consentement à l’idéologie dominante : comment contester ce que le peuple demande “objectivement” lui-même ? McLuhan, pour sa part, considérait le capitalisme comme un produit de l’invention de l’imprimerie, c’est-à-dire que la distinction entre l’”idéologie” et son support est assez vaine.

Il est regrettable qu’on analyse rarement les aspects économiques et culturels. Le fact checking et les enquêtes à plusieurs coûtent cher et ne boostent pas les ventes à court et moyen terme, à l’inverse du sensationnel et du polémique, par exemple.

Au delà des dégâts personnels, les dysfonctionnements médiatiques ont surtout un coût, payé par le pays : l’information est de mauvaise qualité, les décisions prises par les acteurs sociaux sont peu adaptées aux réalités, donc médiocres.

***

Sur le net, l’effet se greffe à la psychologie de groupe :

  • Un groupe a une identité propre, disjointe de ses membres.
  • Il est impossible de déterminer si cette identité est coordonnée ou pas.
  • Cette identité assure sa cohésion, même au détriment de ses membres.
  • L’un des ressorts de cohésion est l’identification d’ennemis, réels ou imaginaires. Les groupes gravitent souvent autour des membres les plus paranoïaques, dont ils font les chefs. Ce sont les plus à même d’identifier les ennemis extérieurs.
  • Un autre ressort de cohésion est la vénération religieuse, dans le sens où quelque chose a été défini comme ne pouvant souffrir la critique.

On peut distinguer les sites qui laissent cette alchimie se développer de ceux qui tentent au contraire de l’atténuer.

1er type, dans la lignée du grand ancêtre Slashdot, Agoravox par exemple :

  • La contribution initiale est suivie de commentaires notés. Au delà d’un seuil d’impopularité, ils disparaissent de la présentation standard de l’article.
  • Le rédacteur aura progressivement ses lecteurs qui pensent comme lui, qui élimineront les commentateurs qui leur déplaisent.
  • Les commentateurs restants renverront vers des sources qui confirment et amplifient. Certains rédigeront des articles.
  • Les rédacteurs émérites deviendront membres du comité chargé de valider ces nouveaux articles.
  • Chacun ira les lire, les commenter et les acquiescer.
  • A force d’itérations, les aspects caricaturaux de cette présentation des choses s’estompent pour aboutir à divers groupes auto-formés, très soudés, sans coordination. On pourrait y voir le graal du marketing : les segments et niches se définissent, s’identifient et se recensent d’eux-mêmes.

2e type, Rue 89 par exemple. Deux éléments tentent d’enrayer ces mécanismes :

  • Le principe de l’information à 3 voix : journaliste, internaute, expert. Malheureusement, les experts se font rares et les journalistes sont soumis aux problèmes évoqués précédemment.
  • Un commentaire mal noté peut se retrouver mis en avant. Mais les votants finiront par comprendre comment l’éviter.

Là où dans les médias de masse on considère que le gros des pressions3 vient en amont (actionnaire, hiérarchie, annonceurs, sources, collègues, confrères, amitiés…), dans les médias online, elles viennent en aval, de ces groupes qui se coagulent par affinité.

Une information de qualité ne s’obtient que si l’on repère et gère les influences. Quand Daniel Schneidermann qualifie les forumeurs d’Arrêt sur images de pressionnautes, alors même que certains menacent de lui couper les vivres en se désabonnant, il tend vers le bon journalisme. La question difficile d’origine “Peut-on critiquer la télévision à la télévision ?” évolue vers “Peut-on critiquer le net sur le net ?”.

Quelle est la part de pressionnautes sur l’audience totale ? Dans le cas de Rue89, média participatif par excellence, sur une audience évaluée par Nielsen à 600.000 visiteurs mensuels4 seules 45.000 personnes disposent d’un compte, préalable à tout vote ou commentaire 15.000 personnes commentent. 10% de ces riverains, soit 4.500 personnes soit 1.500 personnes, postent 80% des commentaires5. C’est moins de 0,3% de l’audience du site. On retrouve ce rapport ailleurs : un article dépasse rarement les 100 votes, pour en général au moins 10.000 visites…

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  1. Nicolas Sarkozy en off : “les journalistes (…) c’est sociologique, chez vous : vous êtes 2/3 de gauche, pour 1/3 de droite.” []
  2. What Drives Media Slant? Evidence from U.S. Daily Newspapers, Matthew Gentzkow, Jesse M. Shapiro, University of Chicago and NBER []
  3. Pour être efficaces, elles doivent plutôt prendre la forme d’influences []
  4. Ce chiffre semble enflé : la comparaison sur Google Trends montre que lemonde.fr a une audience 10 fois supérieure à Rue89. L’OJD certifie une audience de 38 millions de visites mensuelles pour lemonde.fr, soit certainement pas plus de 4 millions de visiteurs uniques. [ MAJ 24/8 : Nielsen évalue lemonde.fr à un peu moins de 3 millions de visiteurs uniques par mois. Soit la fréquence de visite sur rue89 est plus faible, soit son audience surévaluée, soit Google Trends sous-évalue rue89. Je ne détaillerai pas, mais je pense au contraire que Google Trends, du fait de la méthode utilisée, surévalue ce genre de site.] []
  5. Riverains de Rue89, qui êtes-vous? Correction 4/9 : l’échantillon considéré porte plus vraisembablement sur les riverains qui ont commenté au moins une fois que sur ceux qui ont un compte []